Quelles normes des corps « en politique » et « en nature » ?
Le regard des études de genre
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« Je partirai de deux rappels avant de commencer mon propos :
Premier rappel : la « théorie du genre » n’existe pas... Du moins, c’est le titre d’un entretien que j’ai fait pour Témoignage Chrétien et qui exprime bien mon sentiment depuis qu’a éclaté l’année dernière une série de polémiques autour de l’introduction dans le programme de Sciences et Vie de la Terre d’une nouvelle partie intitulée « Masculin/Féminin » ainsi que la parution des nouveaux manuels qui y correspondent.
La « théorie du genre » est plutôt un label utilisé par ses détracteurs qui présentent une grande variété des travaux, d’options théoriques et de méthodes sous une étiquette négative et comme une idéologie.
A moins de faire preuve d’une relative mauvaise foi, il est délicat de trouver une théorie du genre qui serait assimilable à un système idéologique unifié, comme le marxisme ou le kantisme par exemple. La théorie du genre pour Christine Delphy ce serait le patriarcat...la théorie du genre pour Judith Butler ce serait la performativité et l’ « agency », etc. Si on était honnête, il faudrait poser le problème chez chacun.e des philosophes ou essayistes de sciences humaines et sociales pour trouver le genre plutôt que d’y voir un corps de doctrines cohérents, même s’il existe une convergence... Convergence vers quoi ?
Aujourd’hui, on peut parler du genre comme un concept de sciences sociales qui cherche à montrer les constructions sociales du féminin et du masculin, comme un champ de recherches au périmètre large et un foisonnement théorique, qui se donne comme objectif d’étudier les conséquences sociales de naître dans un sexe ou d’un autre.
Deuxième rappel : si les études de genre sont nées des études féministes, c’est-à-dire des discours théoriques qui alimentaient le combat des militantes féministes des années soixante-dix, le mot genre a permis justement une reconnaissance académique plus large en offrant un visage plus consensuel et moins engagé aux études des rapports de sexe et de la sexualité. Aujourd’hui, par exemple, le CNRS dote un ambitieux Institut du Genre qui rassemble des scientifiques de différentes disciplines et dont on ne peut pas remettre en cause facilement le fait qu’il répond aux normes éthiques de la recherche... J’ai personnellement très mal vécu la polémique de l’année dernière lorsqu’on ramenait mes travaux académiques à cette insolente formule de « gender » comme un discours militant qui subvertirait l’éthique humaniste de la science...
♣ Genre, histoire d’un concept
Le genre fait mauvais genre, mais quelle est brièvement l’histoire scientifique de ce drôle d’animal ? Gardons-nous, là-encore, des idées reçues.
Première idée reçue : le genre est une invention américaine inutile en France, patrie des idées claires et distinctes de Descartes et des rapports harmonieux entre hommes et femmes hérités de l’amour courtois et de la culture du Salon des Lumières... Le genre serait quant à lui un charabia jargonnant fort peu scientifique et bien mal avisé de vouloir troubler les rapports entre hommes et femmes....
Les gender studies, c’est-à-dire techniquement le nom que l’on donne aux départements scientifiques des universités américaines consacrées à ces questions, viennent d’Outre-Atlantique, il est vrai. Mais cela s’inscrit dans un mouvement intellectuel bien plus général qui passe et commence même par la France.
Vous connaissez sûrement la citation tirée du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir et que l’on tient comme l’un des mots d’ordre intellectuel du second féminisme : « on ne naît pas femme, mais on le devient » ... Comme la prose de Monsieur Jourdain de Molière qu’on peut faire sans être conscient, il y a déjà là une approche de genre qui ne dit pas son nom !
Éric Fassin, qui n’est pas là aujourd’hui, aime quant à lui à rappeler que chronologiquement très proche de la parution du Deuxième sexe, on trouve l’essai Race et Histoire de l’anthropologue et philosophe Claude Lévi-Strauss....
Dans ce livre, il montre que l’évidence de la nature hiérarchise souvent les êtres et entraîne des graves dérives. Il avait bien entendu en tête le nazisme qui avait tiré de la race un principe de hiérarchisation naturelle et indéniable entre les êtres. « Ce qui est naturel n’est pas nécessairement ni humain ni humaniste » (Éric Fassin).
Seconde idée reçue : le genre est une invention des féministes et des militants homosexuels ; en fait, pas vraiment... Pour être précis le premier à faire une distinction conceptuelle entre « sex » (sexe) et « gender » (genre) est un psychiatre américain du nom de Robert Stoller et dont les travaux ne sont pas vraiment féministes ni en faveur des revendications des milieux homosexuels.
Robert Stoller s’occupait de patients transsexuels. Chez eux, il voyait bien qu’il y avait une inadéquation entre leur sexe biologique et les attendus sociaux du genre. Dans la pensée du psychiatre, rien de très subversif ni de révolutionnaire, ces travaux s’inscrivent même dans un courant psychologique très contestable aujourd’hui dans l’accompagnement des personnes trans : celui qu’il faut les ramener à une adéquation entre sexe et genre...
Ce sont bien des femmes universitaires proches des milieux féministes - soyons honnêtes - qui font basculer le mot « genre » de cet emploi psychiatrique à un concept de sciences sociales. On peut penser à Ann Oakley, une anthropologue britannique avec son livre Sex, gender and society paru en 1972 ou aux travaux de Gayle Rubin. Depuis l’anthropologie, l’emploi du mot de genre s’est diffusé à différentes matières comme l’histoire avec Joan Scott, avec un postulat simple : « et si les définitions sociales du masculin et du féminin variaient à travers le temps ? »
Tous ces travaux dénoncent le construit social de la nature féminine, indéniablement dans une optique de pouvoir : elle est ce qui assigne les femmes à un statut inférieur. Là-encore, il faut bien re-situer ce mouvement intellectuel dans le mouvement du féminisme de la seconde vague qui est né en Occident sur la contestation de l’exaltation de la « vocation naturelle » féminine vers le foyer et la maternité... N’oublions pas non plus que la nature est un paravent idéologique facile et utile pour justifier de véritables exclusions sociales. Au début du XXème siècle, le barreau de Paris avait refusé aux femmes d’être avocat car leur voix ne portait pas assez fort. Aujourd’hui, les femmes sont avocates, leur nature aurait-elle donc changé ? à moins que cela soit la perception sociale de cette dernière...
Cette intuition d’une nature qui cache un construit culturel n’est d’ailleurs pas vraiment nouvelle... Vous connaissez sûrement le mot de Pascal, la culture cette seconde nature. Des traits pris comme évidents et naturels peuvent être le fruit d’une acculturation progressive, si évidente, qu’on la naturalise en retour. Pierre Bourdieu avec son concept d’habitus dit quelque chose d’un peu similaire : la société produit dans le même mouvement de l’évidence et de la hiérarchie...
♣ les études de genre, sont-elles toujours réductibles au débat nature/culture ?
Bref... les études de genre ont rejoué pendant longtemps le vieux débat entre la nature et la culture dans lequel on veut encore l’enfermer aujourd’hui. Pourtant, la dernière génération des études de genre a complexifié sa réflexion et a peut-être acquis un aspect plus problématique.
Au cœur des évolutions, on trouve Judith Butler dont le livre Trouble dans le genre (paru aux États-Unis en 1990 et en 2005seulement en français, avec une très bonne traduction de Cynthia Krauss) a fait couler beaucoup d’encre... Comme son titre l’indique, Judith Butler veut « troubler » l’emploi du concept de genre qui avait fait florès dans un certain féminisme et milieu universitaire. Judith Butler, loin d’être la théoricienne des études de genre qu’on présente parfois, est surtout critique de certaines études de genre : et si les études féministes avaient fausse route en séparant, d’un côté, le sexe et, de l’autre, le genre ? Quelle est cette base neutre et naturelle qu’on appelle le sexe ? Le sexe lui-même est fuyant car il ne pré-existe jamais au genre, individu et société le produisent plutôt en permanence...
Sans entrer dans les détails, Judith Butler publie son ouvrage quelques années avant que Thomas Laqueur, un anthropologue américain, écrive la Fabrique du sexe (1987) dans lequel il part du postulat que c’est la société qui produit non seulement le genre mais également le sexe. Dans cet ouvrage, il s’attache à montrer qu’en Occident on serait passé d’un modèle unisexe des corps dominé par la pensée d’Aristote (dans laquelle par exemple ovaires et testicules sont le même organe dans une variante extérieure ou intérieure) à un modèle bisexe et différentialiste où biologiquement jamais masculin ni féminin ne coïncident parfaitement...
Ce modèle aujourd’hui serait en train d’être réévalué par la science elle-même. La frontière entre homme et femme n’est pas une ligne biologique infranchissable mais prendrait davantage la forme d’une palette, un gradient ou une échelle complexe où il y a beaucoup d’écarts aux deux normes statistiques dominantes. Par exemple, à côté des combinaisons très classiques XX et XY, il faut noter un nombre minoritaire et mais non négligeable de personnes qui ont des caryotypes non réductibles à eux : un seul Y, 3 ou 4, XYX ou XXY... une naissance sur 500 garçons est concernée par une formule non standard. La société américaine de biologie des intersexes évalue à 1% des naissances les configurations d’écarts possibles à la norme XX/XY. Et si notre modèle bisexe était incomplet pour décrire biologiquement le genre humain dans sa diversité, pourquoi le garder ? Ce fut le parti pris audacieux et polémique d’un article de la biologiste Fausto-Sterling paru dans la prestigieuse revue Science en 1993 : « Pourquoi mâle et femelle ne sont pas suffisants ? ».
Si sexe et genre ne sont pas des essences mais autant des constructions sociales l’un que l’autre, on comprend que certains penseurs aient contesté le schéma de pensée d’un sexe naturel sur lequel se grefferait un construit social qui serait le genre... On fait ainsi souvent dire à Judith Butler que si sexe et genre n’existent pas dans leur matérialité, chacun ferait comme il l’entendrait et choisirait l’un et l’autre...
Pourtant, elle a récusé - je la cite - « Une société où on s’éveillerait le matin, on puiserait dans son placard ou dans quelque espace plus ouvert, le genre de son choix, on l’enfilerait pour la journée, et le soir, on le remettrait en place »... Judith Butler et les études de genre passent davantage leur temps à montrer que des règles nous précèdent et nous établissent, et que la liberté ne s’acquiert que contre une détermination première... Dans le sillage de la pensée de Louis Althusser et Michel Foucault, chez Judith Butler, le sujet est avant tout un assujetti et il n’est pas infiniment et innocemment pris comme libre....
D’ailleurs, l’idée d’une théorie du genre comme une philosophie libertarienne du « je fais ce que je veux » est le contraire de ce que la sociologie du genre montre...
Prenez l’homosexualité contemporaine, les individus, à travers la notion de « coming out » disent rarement choisir leur identité sexuelle mais choisir de l’assumer, ce qui est passablement différent... Le chemin de libération est rarement présenté comme facile et évident.
Il en est de même dans les trajectoires de personnes trans. La transidentité se vit rarement comme un choix facile et évident à vivre, mais plutôt comme ce qui relève d’un destin qui, s’il aboutit à un équilibre retrouvé, est souvent un périlleux et dangereux chemin de vie.
C’est que la sociologie du genre nous invite à réfléchir selon un modèle beaucoup plus déstabilisant : personne ne s’accomplit véritablement dans son genre, chacun reste en-deçà du « masculin » et du « féminin », dont on serait bien en peine de donner une définition simple et arrêtée... Quand nous disons, par exemple, qu’une femme est très féminine, nous énonçons un sacré paradoxe ; une femme pourrait ne pas être féminine et il nous arrive, de la même façon, de dire qu’un garçon est efféminé... Le bon sens aurait d’une certaine manière comme identifié depuis longtemps qu’entre sexe et genre, il y a comme un bâillement, une marge permanente... Comme un vêtement trop grand ou trop petit, personne n’est vraiment à l’aise dans son genre.
Judith Butler a développé l’idée d’un genre comme un jeu et une marge, une performativité, ce qui est davantage qu’une performance... Et quand Judith Butler étudie les transformistes, les dragkings ou les dragqueens, elle n’est pas dupe comme nous ne sommes pas dupes : « trop » de rouge à lèvre, « trop » de signes ostentatoires de féminité, « trop » de postures et des gestes, tout cela constitue autant de traits sur-stylisés qui nous révèlent que chaque femme joue un peu la même partition. Si pour certains, il s’agit d’une caricature du genre, Judith Butler nous interroge : si tous et toutes nous ne faisions pas la même chose ? Nous tâchons d’accomplir un genre qui fuit toujours un peu... Le sexe n’aurait pas d’essence mais serait toujours performance.
J’en viens maintenant à mon dernier point : le lien entre genre et sexualité.
♣ Le lien entre genre et sexualité, la question des normes du corps
Durant la polémique autour des manuels de genre ou durant la soirée d’études qu’ont organisé les Scouts et Guides de France sur le genre dans leur projet éducatif, j’ai été frappé par le fait que je pouvais avoir une excellente écoute lorsque j’évoquais le genre comme un processus d’acquisition sociale progressif de telle ou telle qualité.
La socialisation genrée des comportements ne faisait pas peur, par contre, c’est comme si le sol se dérobait quand mes collègues et moi-même - il y avait là une historienne, une sociologue et un théologien - nous abordions la sexualité.
Genre et sexualité, plus que sexe et genre, c’est le duo conceptuel problématique de notre monde contemporain. Pendant longtemps, l’appréhension sociale et intellectuelle de la sexualité est passée par le prisme du genre. Avant les mouvements d’émancipation des minorités sexuelles des années soixante et soixante-dix, ce qui définissait un homme et une femme, c’était également et indissolublement l’exercice exclusif d’une sexualité hétérosexuelle.
Regardons d’ailleurs historiquement comment on appréhendait encore l’homosexualité au XIXème siècle, comme une « inversion ». Chez Proust, les homosexuels masculins sont vus comme des personnes chez qui une âme de femme est prisonnière d’un corps masculin. Sur un plan intellectuel, c’est aussi le cas dans la psychanalyse freudienne qui lie indissolublement la différence des sexes à la différence des générations. On ne pourrait passer à l’une que par l’autre, on ne pourrait s’accomplir comme homme et femme que par l’affectivité et la sexualité avec une personne d’un autre sexe. Se lieraient la procréation et un processus historique d’identification progressif allant de la petite enfance à l’âge adulte. C’est sur ce roc biologique - expression freudienne - que devrait aujourd’hui s’échouer ridiculement les revendications autour du « mariage gay », lequel conforterait le mimétisme et mettrait à mort la différence structurante de l’humanité...
Ce dernier serait, de surcroît, une erreur « anthropologique » contraire à la vérité de l’homme. Mais cette notion d’anthropologique, souvent utilisé rapidement, est parfois un argument un peu court... car l’anthropologie, l’anthropologie universitaire du moins, ne dit pas vraiment ça. Même Françoise Héritier, anthropologue structuraliste, héritière de Lévi-Strauss ne parle pas comme principe fondateur de la société de la différence des sexes mais de la « valence différentielle », c’est-à-dire la valeur différente accordée aux corps des hommes et des femmes qui s’est exercée le plus souvent, sur le temps long, au détriment des femmes...
Même l’anthropologie structuraliste qui se donne comme but de trouver les règles « invariantes » qui régissent les sociétés humaines, dans la poursuite intellectuelle du travail de Claude Lévi-Strauss, s’attache à montrer que ces règles se configurent de bien des manières selon les groupes sociaux. S’il existe une règle, il n’existe pas une même et unique façon de l’organiser dans les différents groupes sociaux. Même l’inceste, qui a tant fasciné les sciences humaines et sociales, n’est pas réductible à une norme unique. Le degrés d’exclusion des membres de la famille du mariage varie selon les époques, les sociétés, les groupes sociaux - pensons au pharaon de l’Égypte ancienne autorisé à épouser sa sœur ou aux princes de jadis leurs cousines - ...
Si l’approche naturaliste de la sexualité a été longtemps la nôtre, il n’est pas dit qu’elle englobe la variété des groupes humains ou des situations historiques ; c’est davantage la « leçon » de l’anthropologie. Nous avons des cas bien documentés aujourd’hui de configurations de sexe/genre laissant une place à l’homosexualité. La caste des eunuques indiens, par exemple, qui se dessine entre un moyen de réguler socialement les inter-sexués, le désir homosexuel et la prostitution masculine...
Reste à savoir pourtant si cela fait véritablement sens dans notre propre société. Si vérité ici ne l’est pas forcément de l’autre côté des Pyrénées, il n’est pas dit que le relativisme soit moralement satisfaisant. Anthropologiquement, en tout cas, nous ne pouvons avoir peur d’appréhender le « mariage gay » : les sociétés tolèrent et organisent bien des configurations de genre sans que leur équilibre propre soit menacé.
La vraie question éthique est davantage de savoir si, dans un espace socialement et historiquement marqué par certaines règles, nous pouvons les changer. Aujourd’hui, on entend de plus en plus dire dans les milieux catholiques qu’il existerait des « points non négociables », des règles qui échapperaient au fonctionnement démocratique pour qui la société se donne ses propres règles selon le processus politique qui lui est propre. Le mariage - comme la filiation ou la vie de l’embryon - relève-t-il, ou non, de l’espace de la délibération démocratique ou de lois anté-sociales qui ne peuvent être remises en cause ? Et si la loi était accessible par l’exercice franc et juste de sa raison qui permettrait de trouver ce qui se loge, en vérité, au cœur de la nature humaine - le droit naturel - et qu’on ne pourrait pas changer ? Il me semble que c’est ici que s’établit la plus grande fracture entre le Magistère et nos sociétés contemporaines.
Si j’étais Éric Fassin, et j’ai dû le remplacer, je conclurais ainsi pour laisser place au débat:
« [Dans nos sociétés aujourd’hui] l’ordre social n’est pas défini par un principe transcendant - Dieu, la nature, la tradition. Les normes sont instituées démocratiquement de manière immanente. »
« S’il importe de dénaturaliser la différence des sexes, c’est que sa naturalisation comporte une part de violence. Imposer la norme au nom de la nature, c’est renvoyer tous ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas s’y reconnaître comme non seulement dans l’anormalité mais aussi dans l’enfer des vies contre-nature. Toutes les personnes qui n’entrent pas, ou mal, dans cette norme naturalisée de sexe et de la sexualité subissent cette violence de plein fouet »
Et si la tâche du christianisme était de résorber cette violence et comprendre cette souffrance plutôt que de l’éconduire ? »
Références citées
Beauvoir, Simone de (1949a), Le deuxième Sexe : l'Expérience vécue (2), 2 vols. (Paris: Gallimard) 588 p.
--- (1949b), Le deuxième Sexe : les faits et les mythes (1), 2 vols. (Paris: Gallimard) 400 p.
Butler, Judith (1990), Gender Trouble : Feminism and the Subversion of Identity (New York: Routledge).
Delphy, Christine (1998), L'Ennemi principal. 1, Economie politique du patriarcat. (Paris: Syllepse).
--- (2001), L'Ennemi principal. 2, penser le genre. (Paris: Syllepse).
Fassin, Eric et Margron, Véronique (2011), Homme, femme, quelle différence ? (Controverses; Paris: Salvator) 120 p.
Fausto-Sterling, Anne (1993), 'The five sexes : why male and female are not enough ?', Science, 20-24.
Héritier, Françoise (1996), Masculin-Féminin. I, La Pensée de la Différence (Paris: Odile Jacob).
--- (2002), Masculin-Féminin. II, Dissoudre la hiérarchie (Paris: Odile Jacob).
Laqueur, Thomas (1987), Making Sex : Body and Gender from the Greeks to Freud (Cambridge (Massasuchets): Harvard University Press).
Lévi-Strauss, Claude (1961), Race et histoire (Paris: Denoël, Gonthier) 130 p.
Rubin, S. Gayle, Mathieu, Nicole-Claude, et Pheterson, Gail (1999), L'économie politique du sexe (Cahiers du CEDREF; Paris: CEDREF).
Scott, Joan W. (1988), 'Genre : une catégorie utile d'analyse historique"', Les Cahiers du GRIF, 37-38.
Stoller, Robert Jesse (1974), Sex and gender : the development of masculinity and feminity (Londres: Karnak books) 283 p.

La revue de sociologie
Le dossier se prolonge par plusieurs études de cas issues de différentes traditions religieuses, sauf le catholicisme, ce qui est
peut être regrettable et criticable... Sarah Janes Page revient dans un article fort intéressant sur la situation des femmes-prêtres de l'Église anglicane qui, rappelons le, a ouvert l'ordination
sacerdotale aux femmes depuis 1992. Loin d'être simple, leur situation reflète davantage un déplacement qu'une disparition de la frontière de genre. Si les réticences ouvertes des années quatre
vingt dix ont disparu, les femmes prêtres qui plafonnent dans la hiérarchie anglicane (comme dans les entreprises de la vie laïque), doivent constamment négocier entre vie privée (être enceinte)
et vie publique. Elles affrontent de manière générale une situation paradoxale. Les postes d'autorité sont confiées aux hommes, mais on ne leur donne pas possibilité d'acquérir l'expérience
requise pour être éligibles à des postes de direction et elles plafonnent aujourd'hui dans les postes paroissiaux.
Hilary Kalmbach porte notre attention sur le cas des femmes qui prêchent dans les mosquées de Syrie. Depuis les années 1970, avec l'essor du mouvement des mosquées,
des femmes en islam ont acquis la capacité de prêcher. Si les femmes figures d'autorité ont toujours existé dans l'islam (elle en offre un panorama synthétique), il existe une limite liée à la
production de la légitimité au sein de la religion musulmane. Pour paraître légitimes, les actrices doivent "veiller à ce que leurs actes et les interprétatios des textes semblent en accord
avec les pratiques religieuses et sociales de leur communauté" (p. 84).
Béatrice de Gasquet s'intéresse enfin à la logique genrée des honneurs (actes rituels comme lire la Torah) dans le judaïsme
libéral à partir d'une enquête de terrain dans deux synagogues parisiennes. La sociologue cherche à établir le lien entre l'identité juive, énoncée ici en terme de subjectivité, et la
participation genrée au rituel synagonal. Si le rituel est, avant tout, une production sociale, sa répétition produit du genre et participe à la subjectivation. Pourquoi la subjectivation ? Si on
définit le judaïsme comme une religion du livre où les rabbins, par leur connaissance des textes sacrés, sont hiérarchiquement supérieurs, les honneurs ont pu être historiquement un moyen de
compenser la domination des hommes religieux sur les hommes non religieux. Autrefois, par leur appartenance à un groupe minoré et discriminé, les hommes juifs ont pu également y trouver ce qu'ils
n'avaient pas la société globale. Les femmes des communautés juives libérales qui, selon le modèle américain, ont depuis les années soixante ouvert les honneurs aux femmes ne l'ont pas fait sans
difficultés. Elles ne peuvent pas le faire selon la même logique que les hommes ; elles se confortent dans une posture de modestie et certaines ne souhaitent pas y accéder. Les hommes, de leur
côté, continuent de voir dans les honneurs une marque d'appartenance non seulement valorisée mais leur étant dû dans certaines circonstances (la naissance d'un enfant, la mort d'un
parent).
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