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Penser le genre catholique

Penser le genre catholique

Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.

Corps et identité

2ème série de journées scientifiques « Confrontations autour du genre » organisées à l’Université catholique de Lyon par l’association d’intellectuels chrétiens Confrontations et l’Institut des sciences de la Famille (UCLY) (3).

Le vendredi matin a été consacré par la mise sur la table plus substantiellement de ce qui fait problème à travers une réflexion autour de l’interraction du corps et de l’identité. Deux exposés se sont succédés, en rejouant l’opposition conceptuelle nature/culture. Claire Brun (UCLy, EPHE), dans un premier temps, a cherché à rappeler ce que pouvait dire l’endocrinologie et comment l’imprégnation du cerveau, par des hormones se retrouvait, dans les comportements humains. Puis, David Le Breton (Université de Strasbourg) a relativisé, en tant qu’anthropologue, la prétention de la science à expliquer comme une évidence la bi-catégorisation hétérosexuelle homme/femme. Il a préféré développer des variations plutôt libres autour du corps contemporain comme « espace de signification », « récit », « surface d’inscription », « lieu d’auto-engendrement ». Il tirait ses exemples d’écrits théoriques de militants ou de ses observations sur les conduites des adolescents à risque.

Prvtdncr & Bodega Vendetta, Lucy.

Prvtdncr & Bodega Vendetta, Lucy.

Plus précisément, Claire Brun a soutenu une approche des hormones comme destin pendant les bon deux tiers de son exposé avant, dans un dernier tiers, de relativiser, subitement, toutes les limites de ce mode de raisonnement : les expériences développées à partir d’individus déjà socialisés, la plasticité des fonctions cérébrales, l’accentuation sociale des différences innées... Le paradigme n’était donc pas celui d’une psychologie évolutionniste forcenée et pouvait même inclure des éléments aux travaux de Catherine Vidal (sans aller toutefois jusqu’à ceux d’Anne Fausto-Sterling). David Le Breton (Université de Strasbourg) a peut-être péché par optimisme, en jouant une certaine forme de bravoure. Il a brodé un propos à partir de citations de militants queers comme Pat Califia ou d’extraits d’Antoinette Fouque.

Ce qui ne manqua pas d’éveiller une certaine perplexité de l’auditoire, semble-t-il, peu enclin à la méthode foucaldienne de la déconstruction sociale par les marges. Une historienne des femmes et du genre n’a pas hésité à lui rappeler l’épaisseur des corps, leur matérialité, le fait qu’ils comptent dans l’ordonnancement des vies, par exemple dans l’expérience de la maternité. Les deux exposés avaient clairement leur limite qui ont conditionné le développement de la conversation qui s’en est suivi. Peut-être que le grand écart entre les deux points de vue n’a pas été à même de susciter un débat fructueux sur la socialisation différenciée entre garçons et filles, les processus de domination et de normalisation des comportements.

La matinée s’est terminée par un exposé historique de Fabrizio Amerini (Université de Parme) sur la différence des sexes dans la pensée et l’œuvre de Thomas d’Aquin... J’y ai compris, peut-être à tort, que Thomas d’Aquin, à moins de faire violence au texte et son contexte médiéval, était un penseur très éloigné de notre point de vue contemporain. Il a une vision de l’engendrement physique — « thermodynamique » — différencié entre mâle et femelle, qui justifie la subordination des femmes. S’en suivirent des considérations autour des façons de modérer ces modes de raisonnements. J’ai souri ainsi en découvrant que « le plus parfait en soi n’est pas toujours ce qui est le plus parfait en essence », raisonnement pouvant aménager la possibilité de rencontrer une femme relativement plus parfaite à la norme supérieure masculine générale... Dans les passages concernant la Vierge Marie, l’œuvre de Thomas d’Aquin donnerait des pistes relativisant son androcentrisme : l’infusion de l’âme peut avoir lieu après sa formation...

Corps et identité

Je n’ai pas compris où mène ce genre de raisonnement, en dehors du goût pour l’érudition historique, dans le sens où même la théologie catholique contemporaine n’est plus un thomisme pur. Ce qui aurait été intéressant ici, c’est de voir comment le thomisme, via le néo-thomisme, né en réaction du modernisme au début du XXe, a nourri le Magistère catholique dans son discours sur la différence des sexes (le caractère spécifique de la féminité renversant la subordination de jadis) ainsi que sur la modernité sexuelle et affective. Et ce depuis le début du XXe siècle au moment où elle commence à entrer en conflit avec les paradigmes dominants des sciences humaines et sociales ou bien de l’évidence sociale contemporaine.

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Martin 26/03/2014 16:00

J'ai parcouru votre blog et lu plusieurs de vos chroniques très intéressantes. J'espère que vous pourrez continuer à nous faire part de votre réflexion. Bien cordialement.