Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.
29 Mai 2014
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Le colloque est organisé par Romain Carnac, Diletta Guidi et Guillaume Roucoux, dans le cadre du programme Genre religions sécularisations du Groupe Sociétés Religions Laïcités (EPHE-CNRS), d...
Lien vers la page du GSRL abritant le programme du colloque "les autorités religieuses face aux questions de genre"
S'inscrivant chronologiquement dans la suite du colloque "Habemus Gender" de l’Université Libre de Bruxelles précédemment traité, le colloque organisé par les doctorants du GSRL a également constitué un élément académique salutaire dans la compréhension de la réception des études de genre par les groupes religieux. La focale était ici plus large que le seul catholicisme, puisque les différentes religions étaient convoquées dans l’analyse, mais la problématique était plus resserrée. Elle se centrait principalement sur la question des "autorités", de l'autorité en général, en réalité, face aux questions que suscitent les nouvelles normes de genre dans nos sociétés.
A côté des nécessaires études de cas, j’ai apprécié la recherche d’une unité théorique, portée par les sciences politiques et sociologiques. Une question offrait peut-être un fil rouge entre les différentes interventions : en quoi l’autorité des groupes religieux est-elle renforcée et/ou remise en cause, en interne et en externe, par les débats sur le genre ? Je n’ai malheureusement pas pu assister à l’ensemble du colloque, ce que je livre ici, ne sont donc que quelques comptes-rendus sous formes de storify suivis de remarques personnelles sur ce que j'ai retenu dans les quelques panels auxquels j'ai eu la chance d'assister.
Introduction du colloque par Philippe Portier
Philippe Portier (EPHE-GSRL) introduit le colloque "les autorités religieuses face aux questions de genre".
https://storify.com/anthony_favier/introduction-du-colloque-par-philippe-portier
L’exposé liminaire réalisé par Philippe Portier permettait de comprendre le débat actuel autour du genre à travers une question transversale : en quoi ce débat donne-t-il à comprendre ce qui fait autorité aujourd’hui dans les religions et la société ?
Le politiste a problématisé selon plusieurs axes très herméneutiques la situation actuelle :
Les autorités religieuses dans le débat public sur le genre
2. Marta Roca i Escoda (UNIL) présente les résultats d'une recherche réalisée avec Joan Stavau-Debauge (UC Louvain) "Les arguments du discours religieux et para-religieux dans le débat public ...
https://storify.com/anthony_favier/les-autorites-religieuses-dans-le-debat-public-sur
Premier panel : les autorités religieuses dans le débat public sur le genre
Comment les groupes religieux recherchent-ils de la légitimité dans le contexte et politique et intellectuel contemporain marqué par un idéal politique séculier ?
Je reprendrais qu’une toute petite partie des idées développées, notamment dans l’exposé de Marta Roca i Escoda. Ce que j’ai compris de l’exposé de la sociologue des idées politiques, c’est que, selon ce qui s’est passé dans la vie démocratique américaine à partir de l’engagement de penseurs politiques issus du fondamentalisme évangélique, il y aurait actuellement en Europe des acteurs religieux qui mobilisent des éléments discursifs « modernes » pour justifier une position dogmatique qu’on aurait pu croire disqualifiée dans les sociétés sécularisées. Cela concerne principalement les secteurs de la bioéthique, de l’égalité entre hommes et femmes et de l’émancipation des minorités sexuelles. Bien qu’elle n’ait pas évoqué cela directement, j’ai tout de suite pensé au « dessein intelligent » et les débats qu’il engendre outre-Atlantique. Des croyances religieuses sont lissées au point de devenir des éléments de jugement dans le débat d’idée politique aussi recevables que d’autres et entraîner des changements législatifs, en l’occurrence ici dans le périmètre de l’éducation. Elle s’est donc attachée à établir la façon dont « l’objectivation intégraliste » reposerait sur une « épistémologie réformée », et qu’il faudrait être particulièrement sensible aux éléments de discours mobilisés par des acteurs religieux (« l’anthropologie », « le bien être des enfants », etc). Cela sera aussi relevé par Céline Béraud au cours des débats : les mots « discrimination » ou « liberté » sont intégrés dans le lexique religieux afin d’accéder au débat politique.
De manière bien plus détaillée, Romain Carnac s’est livré à une analyse fine du discours catholiques mobilisé dans les actes du Magistère pour comprendre la différence des sexes et s’opposer à un certains nombres d’évolutions législatives contemporaines. Paradoxalement, c’est la réflexion sur la démocratie qui est surtout mis en avant. Dans le débat autour du Mariage pour tous, les arguments religieux sont plutôt seconds dans la bouche des évêques catholiques, la démocratie et sa défense sont par contre très présents. Le politiste a ainsi développé l’étude de trois stratégies argumentatives classiques :
Ainsi, le débat se déplace du champ de l’opposition pour des motifs religieux à certaines évolutions législatives (IVG, mariage ouvert aux personnes de même sexe, etc) pour gagner celui de la philosophie politique et de la démocratie.
La Réception du discours des autorités religieuses
Second Panel
https://storify.com/anthony_favier/la-reception-du-discours-des-autorites-religieuses
Second panel : la Réception du discours des autorités religieuses
Ma réflexion dépasse ici le cadre même des journées d’étude organisée par les doctorants du GSRL. Elle rassemble des éléments de réflexion qui me sont venus à l’issue de cette séquence de deux colloques, à Bruxelles et à Paris, sur les polémiques récentes autour du genre catholique. On me demande souvent « que faire concrètement ? » Sans avoir réponse à tout, il me semble important de réfléchir désormais dans plusieurs directions :
Tout en souscrivant à cette position, je me demande dans quelle mesure les institutions démocratiques ne devraient pas davantage essayer d’organiser (non les groupes religieux) mais l’écoute des groupes religieux afin d’en favoriser la représentativité. Comment intégrer dans le processus consultatif démocratique les acteurs religieux non institutionnels, pas seulement les responsables des cultes qui monopolisent la légitimité de leur groupe par une position acquise historiquement, mais les croyants a institutionnels, les alter-croyants, les croyants sans appartenance religieuse ou revendiquant aucune appartenance. Des pistes de travail, que j’avais déjà évoquées, notamment autour de projets portés par certains acteurs associatifs (cf. infra) auprès du Conseil de l’Europe, me semblent intéressantes et mériteraient davantage de reconnaissance. Si l’interconvictionnalité était un moyen positif pour faire vivre l’idéal démocratique de la laïcité ?
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"[...] Nous avons compris que l'expression 'dialogue interreligieux' ne nous convenait pas, puisqu'il excluait celles et ceux d'entre nous qui ne se reconnaissent pas comme appartenant ou référé...
Le philosophe Bernard Quelquejeu présente la notion de dialogue "interconvictionnel"
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Saint Thomas d'Aquin, retable de Carlo Crivelli (1494) La loi naturelle se retrouve de plus en plus au cœur de l'argumentaire catholique contemporain, notamment pour s'opposer à certaines évolut...
http://www.penser-le-genre-catholique.fr/article-sur-la-morale-naturelle-107736237.html
- "la loi naturelle, le retour en grâce d'un concept catholique"