Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.
20 Mai 2014
Dans la grande famille des colloques études de genre/catholicisme, il y avait, jusqu’à présent, un sous-type bien représenté et quasi-hégémonique. Celui des colloques organisés par des acteurs confessionnels, instituts et associations catholiques, afin de comprendre les études de genre et évaluer leur compatibilité avec la foi chrétienne (ou non).
2ème série de journées scientifiques "Confrontations autour du genre" organisées à l'Université catholique de Lyon par l'association d'intellectuels chrétiens Confrontations et l'Institut de...
Voir, par exemple, le billet de ce blog consacré à un colloque à l'Université Catholique de Lyon, fin janvier 2014.
En voici peut-être un deuxième : celui qui cherche à comprendre comment le catholicisme reçoit les études de genre . On ne peut, en tout cas, que se réjouir de celui qui vient de se tenir à l’Université Libre de Bruxelles les 15 et 16 mai derniers. Pour compléter, le titre et poursuive l’allusion, « annuntio vobis magnum gaudium » : « habemus gender ». Au-delà de la blague, le sous-titre du colloque était peut-être plus clair : « déconstruction d’une riposte religieuse ». Il en exprimait plutôt clairement le but : comprendre comment l’institution cherche à mobiliser les fidèles contre le signifiant construit de « théorie du genre ». Un fil rouge : comment des institutions et acteurs catholiques, depuis Rome, ont construit la catégorie lexicale à des fins de nouvelle évangélisation, en mobilisant de manière identitaire des réseaux confessionnels, et cherchent à s'opposer, avec efficacité, à l'extension de certains droits humains qui concernent les femmes et les LGBT (à l'ONU ou au Conseil de l'Europe) ?
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Atelier Genre(s) et Sexualité(s)
Organisé par l'Atelier Genre(s) et Sexualité(s), le Centre interdisciplinaire d'étude des religions et de la laïcité et le Centre SAGES de l'ULB En collaboration avec Sophia, l'Université des...
http://www.ulb.ac.be/is/ags/RESUMES/Habemus_gender_2013.html
Lien vers le site de l'Université Libre de Bruxelles et le programme du colloque.
Ce colloque répond même à des voeux anciens formulés de ce blog. Il a cherché à étudier les contextes dans lesquels sont nés les textes apologétiques des positions catholiques et la façon dont se sont formulées les critiques confessionnelles des études de genre. Toutefois, à certains moments, j'ai fait le dos rond. Certaines interventions avaient une mauvaise tendance à faire la litanie des malheurs des temps contemporains, sans jamais faire l'inventaire des propres faiblesses des milieux militants pour les droits humains. Peut-on vraiment, d'un côté, soutenir intellectuellement le caractère irrémédiable de l'essor des droits LGBT et reproductifs, vus comme devant se déployer quasi-téléologiquement, et, s'étonner, de l'autre, des résistances sociales au changement portées par les groupes confessionnels ? N'y a-t-il pas un curieux paradoxe ?
Des lectures par la crise de l'idéal démocratique, les faiblesses du recrutement des milieux féministes ou de transmission entre générations, le repli identitaire, plus général, dans un temps contemporain globalement déprimé auraient pu permettre de faire un portrait plus juste, autant à charge qu'à décharge de la situation. À certains moments, j'ai même un peu frémis intérieurement. Comment, doctement, s'inquiéter de la diffusion des thèmes anti-genre en pointant le rôle des réseaux sociaux, des nouveaux outils de communication et d'informations, sans se demander pourquoi ne pas les avoir investis et avoir autant laissé le terrain aux opposants ? Avant le travail entamé sur la toile par des intellectuelles, comme, par exemple, sur le blog intitulé Genre! (aux côtés d'autres mais parmi les premiers), on ne voyait pas grand monde sur l'Internet francophone… J’ai été toutefois sensible à la façon dont certains universitaires, dans les coursives ou à la tribune du colloque, ont assumé leur incapacité, jusqu’à présent, à produire une parole audible sur les études de genre dans le grand public. Ils ont parfois reconnu, qu’ils n’ont pas vu venir la vague de mobilisation sociale et l’ampleur de la polémique.
Si les inquiétudes militantes contaminaient clairement des interventions, était-ce pour autant un colloque politique ? L'affiche, les personnalités, la tonalité générale pourraient le laisser penser mais halte au faux procès (qui a déjà commencé çà et là). À mon sens, il s'agissait globalement d'un colloque qui assumait un point de vue situé, assurément, mais qui récusait le faux universalisme dans lequel on aime à loger ses oppositions en pointant l’autre comme un « idéologue ». Il y avait peut-être également un phénomène de réassurance identitaire dans ce colloque. Une génération d'études féministes recevait ses héritières et héritiers, identifiait le chemin parcouru depuis les années 1970, tout en étant lucides sur les acquis fragiles tant dans la vie sociale que la vie académique.
Peut-on retenir un idée général sur un événement aussi foisonnant dont on suivra avec intérêt les actes ? Une chose m'a frappée. C'est peut-être purement subjectif. Le conflit à l'œuvre aujourd'hui semble naître de la rencontre entre une rhétorique « moderne », catholique, croyant à la cohérence ultime de son système intellectuel et une galaxie d’études «post moderne», où la déconstruction, ne laisse pas forcément à mettre en place un système similaire inversé.
Je crains que, à l’instar de ce qui s’est passé au moment, malheureusement oublié des débats autour du modernisme au début du XXe siècle, le catholicisme appréhende l’autre comme soi-même, comme un double inversé, et un ennemi disposant d’un dogme et d’un agenda anti-catholique. D’où la réflexion d’une des intervenantes, professeur de bio-éthique, Mylène Botbol-Baum sur la nécessité, plus que jamais, de développer, même au sein des études de genre, une pensée inclusive qui ne soit pas une «contre riposte» à la riposte catholique.
J’aime l’idée : la recherche d’une pensée qui ne soit pas fondée sur l’exclusion ou le binaire. Les études de genre restent des études fondées sur des sujets biographiques engagés, historiquement construits, qui ne perçoivent pas l’autre comme un ennemi que l’on doit éliminer lorsqu’il surgit. Parviendrons-nous à être butlériens dans la réponse aux anti-genre ?