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Penser le genre catholique

Penser le genre catholique

Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.

Un commentaire en passant sur un blog

Sur le blog du journaliste (Ouest France) François Vercelletto, un billet "pourquoi avoir peur des études de genre?" (29/04/2013). Parmi les commentaires, multiples, variés, invectifs, polémiques comme des commentaires, celui de "FXM". Je l'ai trouvé lumineux et je me permets de le reproduire ici.

Que de polémiques, mais pourquoi ?

L'étude du genre fait partie des sciences humaines. Comme les autres sciences il n'y a pas de raison qu'elle trouve directement une clé pour décrire puis prédire (statistiquement bien sûr) les comportements vus comme typiquement masculins ou typiquement féminins. À ma connaissance "la part de l'inné" et "la part de l'acquis" dans ces comportements sont très mal connus. Il serait dommage de rester ignorant alors que les méthodes de la biologie et des sciences humaines doivent pouvoir répondre (en grande partie) à la question.

La présentation de cette discipline dans les manuels scolaires est la preuve que cette branche a acquis une reconnaissance suffisante dans le domaine universitaire. Les programmes scolaires évoluent d'une génération à l'autre : certaines branches des sciences sont délaissées et d'autres sont approfondies. La culture scientifique de 2010 n'est pas celle de 1980 ni de 1950 ou 1920...

La description des comportements et la recherche des déterminismes sociaux est une démarche scientifique. Les polémiques qu'elle entraîne se règlent, au fil du temps, en trouvant des critères scientifiques de réfutation pour choisir "la meilleure explication". Je comprends tout à fait que l'Église soit curieuse des derniers développements scientifiques ; tout discours qui reconnait l'autonomie de la démarche scientifique et qui condamne telle ou telle branche des sciences est incohérent. Le domaine de la science est disjoint de celui de la morale et de la croyance. Un exposé scientifique ne porte pas de jugement et les croyances n'ont pas leur place dans un raisonnement scientifique.

L'Église catholique forme un groupe de personnes, et pour cette raison peut être l'objet d'études scientifiques, y compris d'études de genre. Éventuellement ses membres peuvent être surpris par les conclusions d'une observation extérieure ; ensuite libre à chacun de garder ses certitudes ou d'en tenir compte.

Les principaux arguments s'opposant à l'étude de genre ne sont pas d'une grande solidité scientifique. (1)-le "bon sens" qui élude la question par "un homme est un homme", (2)-l'argument anatomique qui ne comprend pas la question, (3)-le recours au vénérable Aristote pour ignorer les découvertes et inventions postérieures, et (4)-le contre-sens de causalité qui cherche à ridiculiser une science par crainte de ses découvertes.

L'opposition à l'étude de genre ressemble plutôt à une méconnaissance de la démarche scientifique et à un argument politique pour "emporter l'adhésion du plus grand nombre".

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Fredo44 04/06/2013 12:17

Je ne partage pas du tout cette idée de "partager un genre catholique", et certains arguments avancés par FXM sont assénés comme autant de certitudes qui n'ont absolument rien de scientifique. Par exemple, la présentation de cette théorie dans les manuels scolaires n'est absolument pas la preuve que cette théorie a acquis une reconnaissance universitaire suffisante. C'est même tout le contraire : c'est justement parce que cette théorie, présentée à tort comme scientifique, est extrêmement controversée sur le plan universitaire que ses tenants tentent d'en imposer la mise au programme scolaire pour essayer de lui donner une reconnaissance qu'elle n'a pas.
Ensuite, les arguments opposés par l'Eglise contre cette théorie sont présentés comme "non scientifiques" ; d'abord c'est un peu rapide, car réfuter par exemple l'argument anatomique, c'est réfuter le réel; ensuite, réfuter cette réalité qu'est la différence homme/femme laisse chaque personne décider de ce qu'elle est; il n'y a plus un "donné", une "réalité" avec lesquelles nous apprenons à vivre. C'est réfuter la Création et l'identité. On comprend alors pourquoi l'Eglise ne peut accepter cette théorie.

Anthony Favier 04/06/2013 14:57

Difficile de parler à la place de "FXM" dont j'ignore l'identité, le parcours, etc. mais je crois que quand il évoque la question de l'anatomie, il ne veut pas dire que les études de genre ignorent la différence des sexes mais s'interroge dans une perspective historique sur la façon dont on l'a pensé et conceptualisé comme dans les travaux de Thomas Laqueur ou d'Anne Fausto-Sterling. Avez-vous lu ces ouvrages et souhaitez-vous les références ?

ataraxia 06/05/2013 23:02

Ce commentaire est juste génial. Il faudrait prendre contact avec cette personne, ça pourrait être intéressant de discuter avec elle.