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Penser le genre catholique

Penser le genre catholique

Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.

Sur les catholiques, la droite et la gauche

La blogosphère catholique s'est penchée hier, à raison et avec intérêt, sur un article du blog d(e) Hohenfels : "les catholiques, la droite et la gauche". Dans une démarche équilibrée et sans mettre de côté ses propres convictions, son auteur cherche à réfléchir sur l'engagement politique des catholiques français. Donnant place à la critique du blog de l'ami Baroque & Fatigué et le péril catholique de marcher dans la société civile sur son seul pied droit, Hohenfels dans un dernier temps cherche à démontrer l'incompatibilité foncière de la gauche française actuelle et de la Doctrine Sociale de l'Église. Le blogueur se centre sur la critique catholique de l'idée de progrès se déployant, notamment contre l'obscurantisme de nature religieuse.

À mon humble avis, l'idée de progrès telle qu'elle est énoncée dans la prémisse du raisonnement est faussée. Ce progrès type scientiste et laïcard, optimiste et conquérant, s'il a eu son heure de gloire dans le dernier tiers du XIXe, ne me semble plus être une idée partagée par nos contemporains, pas dupes des roueries de l'histoire et assez sensibles aux grands plantages du XXe siècle. Bergson et la Première Guerre Mondiale ont tué le scientisme une première fois ; les totalitarismes qui se déploient jusqu'à la seconde Guerre mondiale en Europe occidentale une deuxième fois. Les idées "tout ce qui vient n'est pas forcément un bien" et "tout ce qui vient n'est pas forcément un mal" me semblent partagés par nos contemporains, les progressistes à tout crin doivent vraiment être en voie de disparition. Peut-être survivent-ils encore dans quelques officines socialistes ou radicales, je ne les fréquente pas assez.

Faîtes un sondage autour de vous. Le droit des minorités sexuelles n'apparait pas tant un progrès dans l'absolu mais dans le relatif de nos sociétés. On est bien conscient que la façon dont jadis les sociétés géraient le désir homosexuel était défaillante, source de violences symbolique ou physique, et on cherche aujourd'hui à faire mieux. C'était ainsi, car on ne disposait pas de connaissances réelles sur ces questions et que la coutume, ses préjugés spécifiques, faisaient le droit. Si le consensus a grandi parmi nos contemporains sur le Pacs puis le mariage ce n'est pas, à mon sens, pour piéger le christianisme dans la trappe de l'obscurantisme — vision complotiste de la situation.

Ce dernier d'ailleurs a toute sa place pour entrer dans le moment de son temps, pour co-produire le monde et, qui sait ?, pour saisir la façon dont la Révélation se produit ainsi qu'achever la Création. Cela ne se passe pas sans discernement, posture critique mais également une forme de confiance... et d'abandon. En ce sens, le conservatisme sociologique du catholicisme français contemporain que déplorent Baroque & Fatigué, ainsi qu(e) Hoenfels, chacun à leur manière, est un risque. C'est même le risque et nombreux tirent aujourd'hui la sonnette d'alarme.

L'ethos du catho de gauche se perd en effet ... mais on a tout fait pour le décourager également. S'insérer dans le monde, chercher avant tout des solidarités dans une sphère laïque d'engagement sans faire profession de foi initiale de son christianisme/sa supériorité morale, être capable de se décentrer avec ceux et celles qui ne pensent ni ne vivent comme nous, est-ce encore soutenu massivement par la hiérarchie dans des lieux d'Église (1) ?

Pour reprendre le problème concret de la reconnaissance des personnes homosexuelles, tout le discours est grillagé par la peur de la "théorie du genre", la vision apocalyptique de la subjectivité sexuelle contemporaine, les interdits moraux et les sentiments compassionnels. Empiriquement, les catholiques ne paraissent pas engagés massivement contre l'homophobie et l'aide aux jeunes homosexuels. Aucun tri n'est possible car aucun contact initial n'est possible. Sur cette base, le conservatisme social du catholicisme ne pourra que s'auto-entretenir et se renforcer. Et c'est malheureux.

(1) Je suis convaincu que la matrice intellectuelle française du catholicisme de gauche s'insère dans la pensée de Maurice Blondel qui avait affirmé au moment où les catholiques désarçonnés au moment du ralliement à la République demandé par Léon XIII en 1891 : "nous n'avons pas à être des confessionnels partout et toujours, mais bons, humains, aimants, comme des Samaritains de Rome, ayant au cœur et dans notre pratique Jésus-Christ".

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Vincent Soulage 05/11/2013 11:37

Des remarques que je partage avec tout de même une pointe de regret : nous nous concentrons trop sur le sociétal, au détriment d'autres dimensions. Je développe ma réponse sur notre blog : http://chretiensdegauche.com/2013/11/04/cessons-detre-obnubiles-par-le-societal/

Else 06/09/2013 14:39

Bonjour, merci pour ce texte. "L'ethos du catho de gauche se perd en effet." Je suis bien d'accord avec vous. En tant que catho de gauche, je ne me sens absolument pas soutenue par la hiérarchie. Et cela a commencé sous le pontificat de Jean-Paul II. Cela ne m'empêche pas de rester engagée dans ma paroisse, mais commençant à vieillir, j' ai de moins en moins le désir de me "battre". Je me contente de donner mon avis parfois sur mon blog, parfois entre amis ( pas plus tard qu'hier, mais le dialogue est difficile même après une amitié de 30 ans) et de liker quand je partage les idées diffusées par différents posts d'"amis".( dont vous faites partie)
Ceci dit, rassérénée par ma foi, je me sens très libre.