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Penser le genre catholique

Penser le genre catholique

Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.

Sophie va à la messe

Cet article est reposté depuis Le blog de cathoreve.

Dans la catégorie des cathos qui prennent la plume, on connaît deux familles.

Celles et ceux qui sont sont heureux, pour qui l’Église demeure merveilleuse, leur jeune curé épatant, les papes extraordinaires de Pie XII à François. Leurs enfants sont sages à la messe, durant laquelle tout le monde priera bien fort pour que tombent d'on ne sait où les prêtres qui vont permettre de repeupler l'espèce. Pour que tout continue.


Celles et ceux qui ronchonnent, qui ne comprennent pas pourquoi l’Église ne comprend pas ce qui se passe, qui veulent voir les femmes devant et pas seulement le balai ou le vase de fleurs à la main, qui trouvent leur évêque mou et comprennent que leurs copains aient fuit le navire depuis longtemps. Ils espèrent ou n'espèrent plus des lendemains meilleurs, faute de quoi, il n'y aura plus de lendemain.


Et puis eureka, j'ai trouvé une personne qui écrit – très bien -, se raconte et qui n'émarge dans aucun de ces clans imperméables. Elle s'appelle Sophie Divry, elle a la trentaine et vit à Lyon. Les lecteurs de Témoignage chrétien 'a connaissent pour ses chroniques féministes : le coin de la cantinière


Elle vient de publier Journal d'un recommencement, un joyau. Largement autobiographique, ce texte raconte un retour à la pratique religieuse sous forme de journal de bord, au plutôt de journal de messe. Gageons qu'ici la distance auteur – narrateur tient du millimètre.


Le lecteur vit avec elle l'ordinaire d'une paroisse lyonnaise pauvre – de 10 à 20 personnes aux offices – animé par un prêtre courageux et dans laquelle elle vit son rendez-vous indispensable. Avec qui ? Dieu sans doute, elle-même, la communauté sûrement, même quand celle-ci est famélique.


Pourtant cette intellectuelle, qui se définit simplement comme écrivain, militante de gauche et féministe, aurait tout pour vivre loin de la foi chrétienne et, à fortiori, de la pratique dominicale.


L'auteur voyage. Au grè de ses vacances (elle ment pour ne pas avouer à ses amis qu'elle fait des kilomètres pour trouver un office) et de ses visites familiales, partout elle ne raconte que les eucharisties, réussies ou ratées, qui scandent son emploi du temps. « Ce désir d'être dans une église s'apparente presque à une nécessité physique ».


Sophie Divry n'est pas, loin de là, une convertie exaltée plus papiste que le pape. Elle n'a pas de mots assez durs devant le faste de la messe à la cathédrale de Lyon : « sermon inepte, quantité et quantité d'encens pour remplir de fumée le vide laissé dans les têtes. Le comble du ridicule est atteint avec l'aspersion d'eau bénite sur l'icône de sainte Faustine ».


Dans le même esprit de l'incompréhension de l'air catholique du temps, elle narre avec humour la présence d'un séminariste ensoutané, en vacances, égaré dans « son » église à elle. « Il ne reviendra pas ; dans cette chapelle tout le monde le sait ; les vieilles, Pascal (NDLR : le curé), les paroissiens ; lui il est si jeune ; il brille ; nous sommes tous cassés ; nous sommes des douteux ; des derniers chrétiens car il n'y a plus d’Église ; il n'y a plus que nos corps serrés dans cette chapelle humide » (p. 56).


Pour autant, Sophie Divry n'est pas une activiste dans l’Église. « Jamais je ne pense aux dernières vaticaneries en rentrant dans une église », écrit-elle en acceptant le pape comme « un mal nécessaire ». . Elle vient pour autre chose. « Il y a dans le déroulement inchangé de chaque célébration un repos de l'esprit et du corps ; savoir que tout va se passer comme prévu ; pas d'accident possible : cette certitude du rite, je l'ai découverte après ; cette tranquillité ; cette répétition. C'est elle qui rassure ces vieilles femmes. Moi jeune, agitée, dispersée, j'ai dû d'abord apprendre la patience, me calmer ; et une image de moi a disparue ici » (p. 54).


En fin de récit, dans une bouleversante litanie, une mise à nu à la troisième personne, on peut lire : « Elle est pour l'ordination des hommes mariés et droit à l'avortement. Elle ne croit pas à l'Immaculée Conception. Elle ne prie pas le matin. Elle ne prie pas le soir ».


Dans la même page de confessions, on trouve aussi : « Aller à la messe a accru en elle le sentiment de compassion. Elle a besoin d'aller à l'église tous les dimanches. Certains jours, elle se dit qu'être chrétienne l'aide à supporter la vie, d'autres jours, elle se dit qu'être chrétienne ne dissipera jamais le sentiment d'absurdité de l'existence ».


Avec Sophie Divry, la foi chrétienne, expérience individuelle vécue aux côtés d'autres, n'a rien d'évidente. La pratique semble parfois lui être supérieure.


Les phrases sont courtes, le style haché un peu déconcertant. Au milieu du récit, en italique apparaissent des phrases de la liturgie, comme une virgule dans un flot de pensées. Lucide sur l’Église et sur elle-même, elle est prise par ce rendez-vous, par ce rituel indispensable du dimanche. Un témoignage étonnant.


Journal d'un recommencement, Sophie Divry, éd. Noir sur blanc, 88 p., 10 €

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Fredo44 31/05/2013 15:46

Cette jeune femme vit manifestement un véritable "recommencement" après avoir été touchée par le doigt et la Grâce de Dieu.
Comme tout les "nouveaux convertis", elle est excessive dans ses jugements (elle n'est pas tendre notamment avec ceux qui ne vivent pas leur foi de la même manière qu'elle), et elle a encore du mal à reconnaître en l'exhortation à l'exigence à laquelle nous appelle sans relâche l'Eglise du Christ depuis 20 siècles, (et en particulier nos Papes depuis Jean-Paul II jusqu'à François, en passant par Benoît XVI), un véritable chemin vers la sainteté.
Je l'invite bien fraternellement à méditer (pourquoi pas avec le conseil spirituel de Pascal, son curé) sur ce qu'elle écrit en fin de livre : « Elle ne prie pas le matin. Elle ne prie pas le soir ».
Sans ce "coeur à coeur" fidèle avec le Seigneur, notre coeur se déssèche vite !