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Penser le genre catholique

Penser le genre catholique

Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.

Quand "La Croix" tient les deux bouts

Cet article est reposté depuis Le blog de cathoreve.

Depuis des décennies, La Croix parvient à tenir une délicate ligne entre les différents courants qui traversent l’Église de France. Et ce en se conformant du mieux possible des Vaticaneries (1).

Or, plus les années passent, plus le fossé se creuse entre, d'une part, les cathos identitaires qui pensent que la société (les médias, les socialistes....) veut leur peau, et, d'autre part, les cathos qui se fondent dans la société et qui pensent que les identitaires veulent les achever.

Le quotidien catholique s'obstine, avec raison, à donner la parole à tous. Son édition du samedi 3 mai réussit le tour de force de publier deux articles d'orientation radicalement opposée à deux pages d'intervalle.

L'assomptionniste Sylvain Gasser, qui tient la rubrique « Une question à la foi », propose un texte que ne renierait par une militante du Comité de la Jupe. Le titre L’Église fera-t-elle place aux femmes ? donne le ton du propos. Lequel est sans équivoque. « Pourquoi la femme est-elle toujours déterminée à partir de son identité sexuelle alors que cet aspect n'intervient jamais dans le discours de l'homme ? »

On lit plus loin : « Les femmes refusent à bon droit d'entrer dans le corset d'une tradition sexiste qui inscrit dans la nature ce qui n'est inscrit que dans la culture. Elles seraient donc aptes au service personnalisé mais pas au ministère global. Elles pourraient donc transmettre mais pas avoir l'initiative ».

Les habitués de ce blog retrouveront des refrains qui me sont chers.

Deux pages plus loin du même journal, la pleine page Forum est offerte au Fr François-Marie Humman, religieux prémontré de l'abbaye Saint-Martin de Mondaye (2), dans le Calvados. Ce long texte, titré Notre corps et notre sexualité, un lien d'espérance !,

se veut une défense de la position de nos évêques en défaveur du mariage des personnes de même sexe.

L'utilisation du terme « notre sexualité » venant d'un religieux ayant fait vœux de célibat et de chasteté – les deux ne sont plus superposables de nos jours – disqualifie déjà son auteur auprès de beaucoup. Il est déjà si périlleux ou prétentieux de discourir de sexualité quand on essaye d'en vivre une.

Avant d'aborder les arguments habituels, le prémontré demande d'accueillir dans la foi un acte du Magistère. Quand une position est discutable, rien de tel que la carte de l'autorité, face à des catholiques habitués à être des moutons dociles. « Il s'agit donc, exhorte le Fr François-Marie, de chercher à comprendre avec sa raison et son cœur, dans l'obéissance de la foi et de la bienveillance, l'enseignement exprimé ».

Le deuxième couplet offre une ode au mariage chrétien classique. Le troisième enfin révèle une posture plus belliqueuse. « Le monde moderne, en particulier chez certaines élites hostiles, est marqué par un refus du créateur et du salut du Christ. Toute différence entre les êtres humains est alors considérée comme une inégalité et un déterminisme. Après avoir nourri en son temps l'idéologie marxiste de la lutte des classes, cette pensée alimente une autre idéologie, la théorie du genre. La différence entre l'homme et la femme serait la cause d'une inégalité à combattre ».

Cette obstination à ne pas comprendre – ou plus sûrement à travestir – la réflexion de ces théories par certains catholiques est affligeante. Elle reflète cruellement le refus de toute approche des sciences sociales par les autorités romaines depuis plus d'un siècle et un repli dramatique dans sa vision du monde.

La Croix s'honore à faire cohabiter dans ses pages des contributions reflétant deux options opposées d'un catholicisme possible en France. Comme un bel exercice de communion. A l'image de celui que vivent les tenants de ces regards qui cohabitent sur les bancs des mêmes églises le dimanche.

(1) Je reprends le terme utilisé par la romancière Sophie Divry, dans Journal d'un recommencement, qu'elle vient de faire paraître aux éd. Notablia. Je vous en reparle bientôt

(2) Il vient de publier Aimer comme Dieu nous aime. Essai de théologie spirituelle, Seuil, 22 €.

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Delphine 18/06/2013 18:17

Bonjour,
Que vous préfériez un texte à l'autre, ce n'est qu'affaire d'opinion et de pensée. Mais permettez-moi un désaccord. Vous dites que "L'utilisation du terme « notre sexualité » venant d'un religieux ayant fait vœux de célibat et de chasteté – les deux ne sont plus superposables de nos jours – disqualifie déjà son auteur auprès de beaucoup." Si je suis bien votre raisonnement, toute personne ayant fait voeux de chasteté et de célibat n'aurait dès lors pas de sexualité (ce que confirme la phrase suivante). Ainsi, toute une dimension constituante de la personne humaine lui serait ôtée, comme mutilée. Je ne suis pas d'accord avec cela. Tout en n'étant pas sexologue, je pense que le domaine de la sexualité ne se réduit pas aux frontières de l'acte sexuel lui-même. Vous savez aussi bien que moi que la sexualité englobe aussi l'imaginaire, les sentiments, les pulsions, la libido que l'on sublime parfois... Les personnes consacrées vivent dès lors tout autant leur sexualité que les personnes "sexuellement actives". Elles peuvent en parler à l'égal des autres, partant du fait qu'elles partagent la même condition humaine que les autres, bien que le point de vue soit certainement différent, autre.
Seul "l'usager" aurait droit à la parole, à partir du seul point de vue de l'expérience - étant sujet et auteur de l'expérience ? Ce serait là une démarche scientifique incomplète.
Peut-être qu'en creux, une absence de vie sexuelle active (ou de sexualité développée dans toute sa potentialité) donne une vision plus objective, voire plus "neutre" de la sexualité. Certes, une telle vision, marquée par l'absence de vie sexuelle active, court le risque de la froideur désincarnée, de l'incompréhension, du normativisme, voire du rejet, de la crainte. Mais la pensée qui se fonderait "que" sur l'expérience prendrait aussi le risque de l'émotif, de l'affectif.
Cela me permet de rebondir sur un autre article de votre blog développant le point de vue du théologien Mark D. Jordan, très intéressant, et auquel je pourrais souscrire, au-delà de quelques réserves. A ce sujet, je vous invite à lire tout un passage d'un livre d'Aline Lizotte, théologienne canadienne, qui décrit minutieusement l'acte sexuel, non pas froidement à travers une loupe, mais avec une beauté et une force du langage qui n'exclut pas la précision ni l'érotisme. Le titre de ce livre est "le don des époux". Aline Lizotte est célibataire et, je crois, a fait voeu de chasteté. Elle a une parole positive, belle, humaine de l'acte sexuel. C'est peut-être une exception dans le monde catholique, mais elle vaut la peine d'être mentionnée.

Anthony Favier 18/06/2013 20:43

Merci Delphine de votre commentaire. J'espère que vous avez bien remarqué que vous questionnez ici l'article de Philippe Clanché que j'ai partagé sur mon propre blog. Si vous voulez vous adresser à coup sûr à ce dernier, je vous conseillerais de poster votre commentaire sur son blog : http://cathoreve.over-blog.com