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Penser le genre catholique

Penser le genre catholique

Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.

Témoignage (2012) « Le Magistère de l’Église est majoritairement perçu comme homophobe dans l’opinion publique... et ça me désole »

Comme sur beaucoup de sites chrétiens, l’actualité du mariage homosexuel tient une place éditoriale importante en ce moment. Nous sommes tombés sur le commentaire suivant un billet paru sur un blog lié à la communauté Point-Cœur. Dans son billet, le rédacteur prenait classiquement position contre le mariage homosexuel tout en appelant au respect des personnes homosexuelles. La famille religieuse de Point Cœur dispose de prêtres, de consacrés et de fraternités laïques. Elle développe une spiritualité de la « compassion », une présence charitable auprès de tou.te.s avec un intérêt particulier pour les zones de grande pauvreté des pays du Sud. Avant toute forme d’action sociale, elle cherche à créer des rencontres, inattendues socialement mais riches humainement et spirituellement, entre des personnes qui ne vivent pas ensemble et n’ont pas la même origine sociale ou géographique. La formule reçoit un fort succès auprès de jeunes qui s’engagent pendant plusieurs mois comme volontaire dans un des lieux animés par l’association aux quatre coins du globe. Attachée de manière très nette au Magistère catholique, la communauté Point-Cœur défend une conception très classique du mariage et de la famille et participe de ce mouvement de jeunes catholiques pas complexés de suivre, ou d’essayer de suivre, les enseignements du pape.

 

Pourtant, dans ce commentaire, un jeune homme, Thomas, qui semble assez proche de la communauté pour prendre la parole ouvertement en déclinant entièrement son identité, rompt l’unanimité, qui n’était peut être que de façade, sur la question de l’homosexualité. Il cherche à mettre autant à distance les opposants que les défenseurs du mariage gay pour se centrer sur ce qu’il identifie comme la demande de dignité des personnes homosexuelles. C’est elle qui, selon lui, sous-tend la demande des milieux LGBT. En passant à côté et en produisant un discours purement négatif sur le mode du « il est interdit », l’Église rend non seulement son Magistère inaudible et passe pour homophobe. Décentrant le problème sur les communautés et les mouvements catholiques, le jeune homme appelle ces dernières à laisser leur place aux homosexuels en les invitant « à témoigner de leur parcours de vie, à partager leur expérience, à exprimer leur désirs, leurs espoirs, leurs attentes » !

 

Nous avons peut-être à faire là à la pointe immergé d’un mouvement plus vaste et d’une conséquence inattendue au sein du catholicisme français des débats sur l’ouverture du mariage aux personnes du même sexe : quelle pastorale pour les LGBT dans le catholicisme français ? Les appels lénifiants à l’accueil peuvent-ils suffire à contenir une demande que semblent porter eux-mêmes des homosexuels chrétiens ?

Voici ma petite contribution au débat. Le petit avant-goût du débat qui s'annonce me fait osciller entre amertume et optimisme et je me propose de vous détailler pourquoi. Pourquoi je pense que le discours du Magistère ne sera pas entendu sur ce sujet ?
1) Il me semble que depuis des années la communauté homo, à travers ses différents engagements militants (lois contre l'homophobie, PACS, etc.) pousse encore et toujours un seul et même cri : Nous sommes là ! Nous existons ! Respectez nous ! Quelle place pour nous dans la société ? Quelle place pour nous dans l'Église (pour ce qui nous concerne) ?
Aujourd'hui, c'est toujours la même soif qui s'exprime: Reconnaissez ma dignité! Et ce cri, cette demande, s'exprime de la manière la plus française qui soit (du moins il me semble) : Égalité, Égalité, Égalité !
Aujourd'hui, l'opinion publique, en se prononçant majoritairement en faveur du mariage pour tous les couples et de l'homoparentalité indique essentiellement, à mes yeux, qu'elle souhaite entendre ce cri, qu'elle reconnaît que l'accueil que notre société réserve aux personnes homosexuelles n'est pas digne : insulte, humour dégradant, mépris, dégoût, rejet à l'école, déception des parents, condamnation au silence, agression physique, refus du baptême (si, si, ça arrive !), discrimination au travail, etc sont malheureusement encore fréquents. Comment une personnes peut-elle se construire sainement dans ces conditions?
Le gouvernement, émanation de cette opinion publique, choisi de répondre à ce cri encore une fois de la manière la plus française qui soit. Égalité, Égalité, Égalité. Cette prise de conscience de l'opinion publique me rend optimiste comme on est en droit de l'être lorsque celui qui souffre est finalement entendu.
2) Maintenant le Magistère s'exprime contre les moyens employés par la société civil pour répondre à cette soif d'accueil. Il rappelle sa position : « le mariage n'a de sens qu'entre un homme et une femme et l'enfant a besoin d'un père et d'une mère ». C'est son rôle d'intervenir dans le débat publique pour inviter, autant que possible, à approfondir les questions traitées.
Mais dans le climat général que j'ai exposé ci-dessus, il me semble que plus le Magistère tentera de marquer son opposition au mariage pour tous les couples et à l'homoparentalité, et plus l'opinion publique et la communauté homo entendra « Non à l'accueil des personnes homosexuelles ».
Voilà comment je pressens le débat auquel nous allons assister ces prochains mois :
la communauté homo : « On veut le mariage et l'homoparentalité » = On veux être respecté
l'opinion publique : « OK ! » = vous avez le droit à un accueil digne,
le magistère : « Non au mariage et à l'homoparentalité ! », manière dont cela sera compris : « On n’aime pas les homos »
Cela me rend légèrement amer, vous l'aurez compris. Le Magistère et, à travers lui l'Église catholique, est aujourd'hui majoritairement perçue comme homophobe dans l'opinion publique. Toutes ses prises de positions sur les sujets sont décrédibilisées d'office.
Et, en effet, il est surprenant de ne pas entendre l'Église appeler la société et la communauté homo à réfléchir ensemble à comment trouver une juste place pour les personnes homosexuelle et une juste reconnaissance de leur parcours de vie. Lorsque le sujet de l'homosexualité est abordé par des représentant de l'Église c'est extrêmement majoritairement pour être CONTRE quelque chose : contre le pacs, contre mariage, contre l'homoparentalité, contre les relations sexuelles... Que ces interpellations soient légitimes ou pas, on peut se demander où sont les prises de parole positives. Pour l'accueil, pour l'accompagnement, pour le vivre ensemble, pour la protection de ceux qui souffrent. Lorsque les mentions « les personnes homosexuelles doivent être traitées avec dignité et qu'elles doivent pouvoir vivre normalement » apparaissent, c'est très majoritairement en bas d'une argumentation CONTRE. Comme pour se dédouaner d'homophobie et renforcer ainsi son argumentation.
Quand je suis dans un milieu catho en général, j'ai le sentiment d'être la seule personne homosexuelle de l'assistance. Dans toute les prises de parole actuelles du Magistère, on entend répéter qu’elles sont bien sûr accueillies quelque soit leur état de vie. Vous qui lisez ce message, combien de personnes homosexuelles connaissez-vous dans votre paroisse, dans vos groupe de partage, dans vos groupe d'accompagnement de couples, dans vos mouvements d'Église ? Qu'est ce qui fait que ces catholiques se taisent et n'osent pas témoigner de leur parcours de vie ? Pourquoi n'osent-elles pas de partager leur expérience? Comment s'étonner alors qu'il y ait cette suspicion, ce manque de confiance lorsque le Magistère prend la parole. C'est bien dommage car, à l'instar de son attitude souvent précurseure, sur la doctrine sociale par exemple, j'aurais tant aimé qu'il nous entraîne plus profondément dans un débat qui, je pense, dépasse la question homosexuelle.
L'égalité des droits garantit-elle le respect de la dignité d'une personne ? Le respect de la dignité d'une personne nécessite-t-il forcement l'égalité des droits ? Le mariage civil n'a-t-il pour unique but que la procréation ? Doit-on interdire aux personnes âgées de se marier ?Le désir de deux personne de lier leur destin dans un projet commun et d'avoir une fécondité, autre que procréatrice, doit-il être reconnu et accompagné ? si oui, comment ? Un enfant a-t-il besoin pour se construire correctement d'un référent biologiquement masculin et d'un référent biologiquement féminin ou de deux personnes qui l'aiment ?
Enfin, j'aurais tant aimé que quelqu'un se charge de déplacer le débat sur ce qui me semble être la vraie question. Quelle juste place pour les personnes homosexuelles dans notre société et dans notre Église ? « Pour ou contre le mariage gay ? », la question n'est pas la bonne et pour moi les deux réponses sont mauvaises.
Je suis convaincu depuis longtemps que la seule manière pour le Magistère d'être entendu sur ces questions est de, avant toute chose, s'engager clairement et résolument contre l'homophobie. Les représentant de l'Église, lors de leur prise de parole, ne cesse d'appeler à ne pas esquiver le débat. Commençons par donner l'exemple ! N'ayons pas peur ! Invitons les catholiques homosexuels à témoigner de leur parcours de vie, à partager leur expérience, à exprimer leur désirs, leurs espoirs, leurs attentes. Timothy Radcliffe, ancien maître de l’Ordre des dominicains, disait, en substance sur ce sujet, « Devons amis d'abord et discutons après ». Trouvons ensemble un mode de vivre ensemble apaisé et proposons-le à la société. Il me semble que c'est la seule manière pour le magistère de pouvoir porter une parole dépassionnée et audible sur ce sujet.
Pour l’instant, je suis comme la soeur Anne de Barbe Bleue, je vois l'herbe qui verdoie et le ciel qui rougeoie, mais je ne vois rien venir. Mais on n’est jamais à l'abris d'une bonne surprise. Pour finir, une petite citation de saint Ignace (de Loyola) : « L'expérience nous enseigne toujours que là où il y a le plus de résistance, on est en droit d'attendre les plus beau fruits ».

http://terredecompassion.com/2012/08/24/mariage-homosexuel-petit-argumentaire-pour-decider-sil-faut-etre-pour-ou-contre/

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