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Penser le genre catholique

Penser le genre catholique

Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.

PMA hétéro, PMA homo, différente ?

On oppose souvent la Procréation Médicalement Assisté (PMA) pour les hétérosexuels, qui traiterait la stérilité et s'intégrerait dans une médecine réparatrice, et la PMA pour les homosexuelles, qui relèverait du "trans-humanisme", avec tous les soupçons éthiques qui l'entourent, car donnant des capacités nouvelles aux individus au-delà de ce qu'ils peuvent escompter. Je me demande de plus en plus, surtout à l'approche du grand débat de l'automne sur ces questions, dans quelle mesure cette opposition est pertinente et ne renvoie pas encore une fois à une fiction de nature comme régulatrice des comportements sociaux. Stimuler hormonalement les organes féminins pour assurer la nidification, procéder à une fécondation "in vitro", dans certains cas, recourir à un tiers-donneur pour l"une ou l'autre des gamètes, voire trier les embryons pour écarter certains caractères génétiques (maladies rares par exemple) dans certains cas, il reste peu de l'idée de "réparation" de la médecine. Ni remplacement de "pièce" défectueuse, ni traitement d'un désordre passager, ni une aide au sens strict mais bel et bien parfois une modification du champ du possible humain, dur à assumer car touchant la filiation qui engage des vies nouvelles. Sans l'accepter complètement, car niché dans le lexique de la médecine de la stérilité, nous explorons pourtant depuis 40 ans l'élargissement des contingences biologiques. Nous l'avons accepté socialement au nom de la "naturalité" de la procédure de la PMA, qui ne peut que concerner des couples de sexes différents "en âge de procréer", pour faire "comme si" c'était naturel. En cas de dons, les traits ethniques sont d'ailleurs choisis en fonction de ceux des parents, "comme si" la société n'assurait pas vraiment et jusqu'au bout la dimension fabriquée de la filiation. Fiction qui permet d'éloigner les homosexuels hors de son périmètre car, déclarés préalablement, "hors-nature", quand bien même ils partagent, parfois, la même situation que les personnes qui accèdent aux traitements contre la stérilité : incapable de procréer en couple mais fertiles individuellement. Avoir accepté l'ouverture de la PMA aux couples hétérosexuels sans aujourd'hui accepté de l'avoir revendiqué par des femmes homosexuelles ou isolée ne doit ni surprendre ni effrayer. Cela est même plutôt logique. Un vieux dominicain parisien, professeur de philosophie dans une institution catholique, me disait, il n'y a pas longtemps alors que nous parlions de ces questions, combien, lorsque furent créés les CESCO — les "banques de spermes" — il y a quarante ans (1974), il fut surpris de la "fiction naturaliste" sur laquelle on le fit et du peu de cas qu'on en fit alors. J'ai mis beaucoup de temps à comprendre ce qu'il voulait dire et je dois lui reconnaître désormais qu'il fit preuve d'un sain discernement.

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Elke 25/06/2013 20:37

Il n'a pas pu t'échapper que l'Eglise catholique condamne avec fermeté la fécondation in-vitro et encore plus le don de gamètes. Je ne sais pas à qui exactement s'adresse ce rapide et facile procès en incohérence, mais ca ne peut pas etre à l'Eglise catholique...

Mais parlons du vrai sujet. La revendication des homosexuelles, ce n'est pas vraiment l'assistance médicale à la procréation, avec son éventail de traitements dont elles n'auront pas besoin, puisqu'elles ne sont pas stériles. La revendication homosexuelle, c'est l'accès aux dons de sperme. Dons de sperme, au passage, qui ne concernent qu'une infime fraction des couples homme-femme traités pour infertilité, peut-etre 1 ou 2%. Comparons ce qui est comparable.

Moi j'ai une proposition très simple pour mettre tout le monde d'accord : supprimons l'anonymat des dons de gamètes. Cet anonymat est un scandale, il est éthiquement intenable, il prive les enfants concernés d'une part considérable leur identité, non à cause de circonstances malheureuses, mais par la volonté de l'Etat. Cet anonymat ne se justifie que dans la perspective des adultes qui veulent se livrer à ces commerces en gardant leur tranquilité d'esprit, et pour qui il faut donc organiser un systeme qui couvre leur déni.

Si les donneurs n'étaient pas anonymes... eh bien il n'y en aurait plus, des donneurs ! Car il leur deviendrait impossible de "faire comme si" il ne s'était rien passé, de retourner tranquillement à leur vie et mettre sous clé l'idée qu'ils ont bel et bien engendré des enfants, idée qui restera toute abstraite grace à l'anonymat. A moins de les rémunérer grassement pour acheter leur conscience, bien sur, comme cela se fait ailleurs. Vas-tu jusque là ?

Et les receveurs, eux aussi, seraient bizarrement refroidis, par la perspective que le lien bien réel de l'enfant qu'ils vont élever avec ce donneur ne sera pas rompu par l'anonymat.

Comment peut-on soutenir le caractere éthique d'une pratique que personne ne pourrait assumer si elle n'était pas édulcorée, étouffée, par... un montage administratif ?

Maïeul 06/06/2013 10:58

Parfaitement d'accord sur le fond. En effet, c'est bien la situation sociale qui crèe infertilité du couple hetero qui recours à la PMA. Par contre on dénie cet aspect social derrière la fiction du "naturel", ce qui permet par contre coup d'exclure les lesbiennes.

Par contre ton titre est coupé