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Penser le genre catholique

Penser le genre catholique

Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.

My vicar is a woman*

*Mon curé est une femme

Une prêtre anglicane célébrant l'Eucharistie (Source : The Telegraph)

Une prêtre anglicane célébrant l'Eucharistie (Source : The Telegraph)

Une conférence très intéressante d’Églantine Jamet-Moreau jeudi dernier au Centre Istina à Paris. Maîtresse de conférence en civilisation britannique à l’Université de Paris X Nanterre, Églantine JM a écrit une thèse de doctorat sur les femmes prêtres dans l’Église d’Angleterre (anglicane).

On la retrouve également aujourd’hui engagée sur la question de la place des femmes dans le catholicisme. EJM a ainsi participé au Conclave des femmes organisé par Anne Soupa et le Comité de la Jupe.

Chronologie sommaire de la question

  • 1533 : Henry VII crée l’Église d’Angleterre, sa fille Elizabeth la maintient pour garantir le royaume des divisions religieuses et crée une synthèse entre une liturgie catholique, une structure épiscopale et une théologie à tendance calviniste.

  • seconde moitié du XIXe : instauration de ministères de « diaconesses» (pas équivalent des ministres diacres masculins) mais ancre la possibilité de création de ministères nouveaux.

  • 1919 : Premier rapport officiel remis à l’archevêque de Cantorbéry sur l’ordination des femmes.

  • 1930 : Premier groupe de fidèles anglicans revendiquant l’ordination des femmes.

  • Seconde guerre mondiale : premières ordinations de femmes diacres dans les diocèses de Hong-Kong et Macao mais sans l’autorisation légitime en raison d’un problème de communication lié au contexte.

  • 1968 : la conférence de Lambeth (instrument de coordination de la communion anglicane) ne voit pas d’obstacle théologique à l’ordination des femmes.

  • 1971 : premières ordinations dans le diocèse de Hong-Kong.

  • 1972 : en Birmanie.

  • 1974 : aux États-Unis.

  • 1977 : 122 femmes-prêtres en Angleterre.

  • 1992 : premières ordinations légales en Angleterre.

  • 1993 : adoption d'un "Acte Synodal" qui protège les opposants à l’ordination des femmes : nul ne peut être forcé à recevoir des sacrements venant des femmes et des communautés refusant l’autorité d’une femme sont gérées par des évêques dits « volants ».

  • aujourd’hui : 500 à 600 ordonné.e.s par an, dont 250 femmes (Angleterre).

Une mauvaise interprétation sur la division de l’Église d’Angleterre

EJM a voulu d'emblée rappeler que, contrairement à une idée souvent rapportée dans les milieux catholiques hostiles à l’ordination, la communion anglicane ne se divise aujourd'hui pas entre pays du nord et pays du sud sur cette question (mais bien plus sur l’homosexualité). L'angliciste rappelle ainsi que les premières ordinations ont eu lieu dans les pays asiatiques (dont la Birmanie). De même : l'ampleur des fuites des récalcitrants vers le catholicisme est à relativiser : sur les 400 prêtres ayant rejoint le catholicisme dans l’après 1992, plus de 50 ont rejoint depuis le giron anglican et 3 évêques ont rejoint l’ordinariat mis en place par Benoït XVI, ce qui reste un phénomène très minoritaire. Là où des femmes sont en fonction, s'il y avait une réticence, elle s'atténue au fur et à mesure.

Une prêtre anglicane, photo prise en marge du dernier Synode Général de l'Église d'Angleterre ayant refusé l'ordination de femmes-évêques (source : Indian Press).

Une prêtre anglicane, photo prise en marge du dernier Synode Général de l'Église d'Angleterre ayant refusé l'ordination de femmes-évêques (source : Indian Press).

Un renouvellement de la fonction sacerdotale ?

Après avoir rappelé l’essentiel du débat théologique bien connu, EJM s’est penché dans une démarche sociologique sur les questions que posent les ordinations des femmes. Les femmes ont-elles une particularité dans la pratique de leur ministère sacerdotale ? Plus de douceur, de compréhension, de médiation ? Dur pour des théologies ayant déstabilisé un certain essentialisme de vanter le renouvellement du ministère en raison de son ouverture aux qualités attribuées aux femmes. Parmi les femmes-prêtres interrogés par l'angliciste, certaines remettent en cause les stéréotypes du genre : elles refusent par exemple d’être cantonnés au soin des enfants ou aux fonctions compatissantes (la galaxie du "care" (soin) anglais). Interrogées, elles peuvent mettre à l’écart l’image de Margaret Tatcher dénoncée comme « femme macho», tout en affirmant vouloir mettre en avant une nouvelle façon de considérer leur autorité eu égard à leur vécu propre de femme. Quel modèle d’autorité pour les femmes à trouver? Entre effacer sa féminité (pas de maquillage, port du clergy col) ou l'intégrer (se maquiller, être enceinte) une gestion au quotidien émerge également faite d’accommodements et de positionnements personnels.

Problèmes, questions, devenir.

De la même façon que le dernier numéro de la revue genre, travail et société, EJM a rappelé le nombre de problèmes pratiques que rencontrent les femmes prêtres. Un phénomène de dévalorisation des conditions salariales s’est posée : les femmes occupent le plus les postes bénévoles, non salariés ou à mi-temps. Elles font aussi l’épreuve du sexisme dans la liturgie (taille des vêtements ou partitions de chant inadaptés) voire des remarques sexistes et des discriminations réelles. Et aujourd’hui ? selon la civilisationniste, il n’y a peu de rejet des fidèles même si l’aile évangélique et l’aile anglo-catholique sont aujourd’hui très réticentes à l’ordination de femmes évêques et font un lobbying actif.

Dans le débat qui suit à la conférence, toujours la même impression émerge : le malaise catholique des fidèles d’ouverture. Rapidement, le débat se déplace de l’anglicanisme vers le catholicisme. Une femme qui veut être prêtre depuis qu’elle est petite. Une autre qui déplore la hiérarchie masculine et son aporie. Un autre qui se dit fasciné sur la synodalité de l’Église d’Angleterre. Symptomatiquement, l’évocation de l’Église anglicane éveille des désirs de renouvellement du catholicisme.

Églantine Jamet-Moreau présentant son ouvrage Le Curé est une femme (Éditions Harmattan)

Pour aller plus loin :

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