Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Penser le genre catholique

Penser le genre catholique

Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.

Le retour à la politique est-il souhaitable au catholicisme français ?

Et si à l'image des années 1970 le catholicisme français était en train de faire la même erreur d'une politisation excessive ? À une différence notable près : il a changé de bord. L'enfant remplace l'ouvrier : il nous appelle, on le défend, avec l'énergie propre que suscitent les causes romantiques. L'idéal d'un Christ révolutionnaire, issu d'un mélange de philosophie d'Action catholique, d'un imaginaire de la seconde Guerre mondiale et des évolutions propres des années soixante-huit, avait généré une rhétorique ambitieuse d'un engagement en faveur des plus déshérités contre les structures capitalistes dont on a peine aujourd'hui à se rappeler.

Apostrophe, 3 octobre 1975, "Dieu est-il marxiste?"

Quarante ans plus tard, les mêmes questions se posent dans les milieux militants de la Manif Pour Tous : comment s'investir dans un mouvement social ? Comment s'engager ? Où faire de la politique en dehors des partis politiques habituels - faiblesse ancienne du catholicisme français ? Question nouvelle peut-être : comment objecter sa conscience aux lois démocratiquement acceptées ? Les divisions entre les lignes de la "Manif pour tous" (retrait de la loi et désobéissance civile), " l'Avenir pour tous" (pour une union civile et la voix légaliste) et le "Printemps français" (refus de toute reconnaissance de l'homosexualité et recherche du conflit permanent) reflètent déjà combien il est dur de rentrer en politique avec une rhétorique très ambitieuse de l'opposition, le lieu du compromis étant apprécié différemment, s'il n'est pas complètement rejeté. Comme dans les années 1970, les militants se divisent sur la façon et les moyens de mener leur action.

Et dans l'Église : si on retrouve la même énergie galvanisante, y aura-t-il les mêmes conséquences ? On a déjà une minorité active et très engagée, zelanti d'un mouvement pro-vie, furieux devant ces tièdes qui ne partagent par leur inquiétude face à un péril de civilisationnel, un centre plus attentiste prêt à leur donner leur soutien et saluer leur jeunesse tout en cherchant l'apaisement, et une minorité clairement lassée par cet emportement. À s'appuyer sur une seule sensibilité, l'épiscopat risque toutefois de tendre le climat des communautés qui aspirent, malgré tout, à vivre dans un quotidien marqué par un relatif calme, le pluralisme et le respect de l'opinion de chacun. On oublie aujourd'hui que les "silencieux de l'Église" des années 1970 s'étaient organisés contre ce qui leur apparaissait être des excès dans l'engagement politique (et les réformes liturgiques), car si le religieux peut mener au politique, le religieux n'est pas, in fine, le politique. Là où l'un se veut créateur d'unité l'autre repose sur le clivage et la logique de l'opposition pour avancer.

Ce qui a fait le génie social du catholicisme français est sa relative plasticité et sa capacité à intégrer dans un discours de l'unité la diversité des milieux sociaux et des opinions politiques. Tout resserrement sur une base trop étroite ou un discours hégémonique a toujours été dangereux socialement et source de crise. Comment ce virage sera-t-il négocié comme il l'a été dans les années 1970 ? Nous allons vivre des moments passionnants autour du rejeu de cette sempiternelle relation entre foi et politique.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article