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Penser le genre catholique

Penser le genre catholique

Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.

Quel avenir pour les Réseaux du Parvis?

L'assemblée générale des Réseaux du Parvis se tiendra à la fin du mois à Saint-Chamond dans la Loire. Cette fédération qui, certes, rassemble plusieurs dizaines d'associations de chrétiens critiques ou en recherche, mais, qui semble aujourd'hui à un tournant de sa courte histoire.

 

◊ Un mouvement en crise?

 

Adhérents vieillisants, émergence de nouveaux mouvements plus présents dans les médias, les signaux négatifs s'accumulent pour cette fédération d'associations ayant décidé de se constituer en 1999. Les réseaux naissent de groupes divers:

  • les chrétiens gravitant autour des éditions Temps présent,
  • les communautés de bases, 
  • des catholiques contestant le Magistère romain ou déçus de l'après-concile: des associations de prêtres mariés ou de compagnes de prêtres, de prêtres attachés au Concile (le groupe Jonas),
  • les catholiques voulant réformer l'Église dans un sens démocratique (Droits et Libertés dans les Églises),
  • les féministes chrétiennes de Femmes et Hommes en Église, 
  • les homosexuels chrétiens de David et Jonathan, 
  • les importants soutiens de Jacques Gaillot (évêque d'Évreux démis de ses fonctions par Rome en 1997),
  • les unitariens,
  • et autres encore

 

Que reste-t-il de cet élan initial moins de 20 ans plus tard? Dans le rapport d'activité qui sera présenté à Saint-Chamond, le problème est posé sans ambages: "des associations disparaissent ou sont tentées de nous quitter parce qu'elles ne se sentent plus en phase avec nos objectifs et nos orientations". Un questionnaire a été envoyé aux abonnés de la revue des réseaux : les lecteurs sont invités à participer à une consultation en vue de redéfinir son contenu. Trop abstraite? Trop centrée sur des questions religieuses? Trop politisée et trop partisanne? Quel contenu développer? C'est la déprime, de manière générale, pour ce type de presse et il est difficile de ne pas penser à un autre titre phare des catholiques d'ouverture dans les années 1970: Témoignage Chrétien engagé dans un processus similaire de réflexion. Moribonde alors la galaxie des catholiques d'ouverture? ou est-elle ou en train de se recomposer?

 

parvis lyon photo marc accueil l. bassetDans le récit que Jean-Louis Schlegel livre à la fin de l'épais ouvrage À la gauche du Christ (1), il évoque sous des traits très sombres les Réseaux du Parvis. Un peu comme une queue de comète d'une sensibilité politique et religieuse qui eut son heure de gloire dans les années 1970-1980. Présentant le grand rasemblement "Le Temps est venu" organisé par les Réseaux à Lyon à l'automne 2010, le sociologue des religions avoue son scepticisme devant son message final: "la tonalité est quelque peu incantatoire, vaguement eschatologique", "ces chrétiens de gauche, qui préfèrent s'appeler 'chrétiens en liberté' ne semblent plus compter sur la politique, mais plutôt tabler sur une parole ou des engagements individuels ou communautaires [...] si l'exercice effectif de la générosité et le combat pour la justice, la défense des exclus, l'accueil des immigrés, la présence aux pauvres [...] valent pour eux-mêmes, ils ne disent plus grand chose sur les décisions politiques justes et les réformes de structure efficaces" (p. 542). Sans détour, il s'interroge: "la diversité des groupes rassemblés dans les Réseaux du Parvis ne semblent pas [...] pouvoir diminuer la faiblesse des effectifs — et le vieillisement (3ème et 4ème âge) — de leurs membres. La rubrique nécrologique a été souvent mise à contribution [...] les 4 jeunes témoins invités à la réunion de Lyon ressemblent à s'y méprendre aux incroyants de service qu'on faisait venir naguère dans les assemblées chrétiennes. La flamme ne s'est pas transmise et ne semble plus transmissible aux générations suivantes" (p. 573). Je ne contesterai bien entendu pas les éléments du diagnostic de Jean-Louis Schlegel mais je m'en distinguerais sur plusieurs plans.

 

◊ L'expérience du Parvis est-elle encore réductible à celle des "chrétiens de gauche"?

 

Tout d'abord, il me semble important de se méfier de l'étiquette de chrétiens de gauche pour caractériser les chrétiens du Parvis. Ils se disent "chrétiens en liberté" bien justement parce qu'ils ont entériné l'échec du tout politique qui a marqué toute une génération (et pas que catholique). La voie politique à gauche, on la retrouve encore bien évidemment dans les réseaux. L'Observatoire Chrétien de la Laïcité (OCL) prolonge la veine des catholiques ayant pris parti pour la laïcité à la française (et qui n'est sûrement pas étrangère à celle qui a conduit la CFTC à se déconfessionaliser, via le groupe Reconstruction, vers la CFDT). On retrouve assurément un attachement à certains combats qui marquent à gauche, principalement dans la revue: l'intérêt pour la Palestine, la question de la dette des pays du Sud, la critique d'une économie financiarisée, etc.

 

150px-Fist.pngMais on bien loin des accents les plus révolutionnaires ou tiers-mondistes de jadis appelant à mettre à bas explicitement les structures d' "oppression" par la "révolution"La présence au sein des réseaux de l'équipe des chrétiens en classe ouvrière du secteur de Caen est pour le coup significative. Elle renvoie à cette sensibilité catholique très française de compagnonnage avec les forces du mouvement ouvrier qui s'est toujours gardé d'une trop grande critique à l'égard des partis de gauche et a tenu à bonne distance de posititons trop extrêmes pouvant être perçus comme un gauchisme. Le registre de la solidarité vécue et concrète a toujours évité des déclarations trop fracassantes. L'intransigeantisme de gauche des années 1970 semble renvoyé dans le passé désormais. C'est sûrement la condition pour laquelle des mouvements qui n'ont historiquement jamais été explicitement politisés, et dont les liens avec la gauche politique ne restent pas évidents à établir, comme Femmes et Hommes en Église ou David et Jonathan ou Chrétiens et Sida, ont rejoint les Réseaux du Parvis en 1999.

 

Mais l'attachement à une certaine rhétorique et phraséologie "cathos de gauche" reste un hommage à l'histoire autant qu'une réalité encore vivante "au Parvis". Elle permet d'attirer les déçus qui n'accepte pas les tiédeurs de la doctrine sociale de l'Église. Cela reste net chez les soutiens de Jacques Gaillot qui ont toujours apprécié en lui ses combats contre le nucléaire, pour le droit au logement et en faveur des sans-papiers. Force ou faiblesse également ? Est-ce que cette posture dénonciatrice qui conduit des sympathisants à prendre leur distance? Jean-Louis Schlegel note en effet, à la suite de Michel de Certeau, combien il est dangereux de recourir trop souvent au prophétisme: "le risque est plutôt d'en rester aux bons sentiments, à un registre revendicatif ou protestataire [...] la dénonciation autoproclamée 'prophétique' du mal dans tel ou tel domaine public risque de rester à la marge du politique, dans l'éthique du politique" (p. 580). Mais "peut-on faire autrement en se réclamant sans médiation de l'Évangile?" (idem). 

 

◊ Le délicat créneau des catholiques critiques et/ou en manque d'Église

 

Mais est-ce que le projet des Réseaux du Parvis se trouve uniquement dans la poursuite d'une utopie politique de gauche au nom de l'Évangile? Il n'est pas sûr que cette dernière soit encore clairement explicitée et théorisée parmi les Réseaux. Dans un courrier des lecteurs de la revue du Parvis de juin 2011, on peut lire le mesage suivant "je suis abonné à votre revue depuis avril 2001 (...) autant je me suis retrouvé dans la ligne éditoriale de votre revue depuis longtemps, autant depuis quelques temps je suis un peu perdu et je ne vois guère le fil conducteur dans les différents dossiers (...) le dernier, entre autres: le politique, l'économique, l'écologie sont des domaines importants, mais d'autres revues en parlent aussi. Je fais partie du peuple de Dieu campant sur les parvis et je suis intéressé par la vie de nos églises intra muros comme extra muros, en France et en Europe. Je suis demandeur d'informations et de réflexion qu'on ne trouvera pas dans nos bulletins diocésains aussi bien sur les lignes d'espérance, pour une Église plus ouverte, que sur les signes de décomposition de cette même Église (...) J'ai aimé par exemple le dossier que vous avez réalisé sur Joseph Moingt, le théologien"... L'écologie, la politique, l'économie sont des thèmes intéresants pour ce lecteur mais ils ne semblent pas au cœur de ses attentes vis-à-vis du Parvis.

 

L'expression "Chrétiens en liberté", d'emploi fréquent, renvoie bien davantage, et surtout, à une protestation interne au sein de l'Église qui prend comme figure tutélaire l'événement de Vatican 2. Face à l'événement, on tend parfois à gommer l'aspect parfois modéré des textes car fruits d'un compromis entre minorité romaine et majorité réformatrice. On fait bien au contraire du Concile le symbole, parfois nostalgique, mais souvent positif d'un moment où pouvait croire changer unaniment le catholicisme romain. Contrairement à la ligne de Benoît XVI qui voit Vatican II en harmonie avec tout ce qui a précédé, les "parvistes" admettent une rupture qui appelle, de surcroît, d'autres réformes pour achever ce qui a été commencé.

 

dom-helder-camara_011.jpgSans surprise, on retrouve dans les Réseaux du Parvis, les associations françaises qui collaborent au projet "Council 50" porté par le mouvement international "Nous sommes l'Église" et le Réseau européen "Église en mouvement". Cette initiative internationale se propose de convoquer un nouveau concile: celui "du Peuple de Dieu" cette fois-ci. Dans le projet original, une assemblée devait se réunir sur chaque continent avant la proclamation finale des actes en 2015 à Rome. Pour l'instant, seule l'assemblée américaine a eu lieu autour de l'événement American Catholic Council en juin 2011. Dans un communiqué publié à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'ouverture du Concile, on retrouve peut-être les éléments les plus caractérisitiques de la sensibilité des catholiques critiques. Ces derniers fondent leur espoir dans l'esprit du Concile pour mettre sur pied "une Église toujours plus libre et plus humaine" : "le Concile Vatican II a approuvé une profonde rénovation de l'Église catholique, à la fois de ses structures et dans sa relation au monde". Les documents du Concile auraient "nourri le mouvement progressiste dans l'Église" dont il faudrait aujourd'hui avaliser les découvertes au plan local dans des changements d'envergure. La tonalité sociale est également rappelée avec l'évocation dans cette déclaration du "pacte des catacombes", le texte signé par l'évêque brésilien Dom Helder Camara dans la catacombe Santa Domitilla à Rome, qui appelait à une Église "centrée sur le service et les pauvres". Dans ce texte, sont enfin listées les principales demandes, finalement bien connues: "Église collégiale et démocratique, pluralisme et dialogue au sein de l'Église, égalité hommes/femmes et accueil d'orientations sexuelles diverses, ordination des femmes et des personnes mariées pour leservice du Peuple de Dieu et non pour renforcer un nouveau clérlicalisme, séparation entre l'État et la religion permettant une juste autonomie réciproque et, en même temps, engagement déterminé des croyants pour la justice et pour la paix" mais également "célébration eucharistique en absence de prêtre, décision de conscience sur le contrôle des naissances et de la morale sexuelle, soutien mais aussi critique du Vatican et de l'épiscopat ; exigence de justice pour les victimes d'abus sexuels, et des sanctions pour les coupables et leurs protecteurs".

 

Les Réseaux du Parvis seraient donc l'un des visages d'un mouvement actuel, multiforme et international, peu documenté encore, de contestation en interne du catholicisme. Il est en un sens intéressant de ressituer l'histoire du groupe français dans une perspective plus générale et une série de mouvements similiaires pour se garder d'une lecture trop politique propre au contexte français:  la Pfarrerinitiative (Autriche), l'association des prêtres irlandais, la fronde discrète mais ferme des religieuses américaines de LCWR, etc (2). L'ensemble du catholicisme occidental semble confronter aujourd'hui à une crise institutionnelle pouvant aboutir à des formes organisées de contestation. Ces dernières, pour l'instant, ne sont toutefois pas parvenus à faire bouger les lignes et n'ont presque pas reçu d'échos de la part des évêques ou du pape qui ont recours à la tactique du mutisme plus que du dialogue. Même si les associations membres des Réseaux du Parvis attirent surement les catholiques critiques, il n'est pas dit que ce projet n'éveille pas également des doutes et de la lassitude. Le rapport d'orientation le relève: "si un certain nombre d'associations [...] adhérents de la fédération font, malgré les difficultés, le choix de pas quitter les institutions d'Église [...] d'autres préfèrent se positionner à l'extérieur en toute liberté quitte à ignorer et même à transgresser les règles fixées autoritairement par les institutions ecclésiales". Nous serions d'ores et déjà face à un schisme silencieux dont il reste délicat de mesurer l'ampleur. Reposant sur quels rites? Avec quel personnel religieux? Au prix de quelle transmission? Avec quels moyens? Il n'existe pas véritablement aujourd'hui de "lefebrisme de gauche" au sein du catholicisme français et nous restons sûrement face à une régulation plus qu'une transgression aux marges de l'institution. Même si c'est au sein des Réseaux du Parvis que l'on retrouve les associations (FHE devenu FHEDLES) qui porte par exemple la réflexion sur les ministères féminins, le mouvement d'ordination de femmes-prêtres n'y a jamais été promue pour constituer par exemple des communautés alternatives viables. De surcroît, l'émergence  en France aujourd'hui de la CCBF concurrence le Parvis sur ce terrain propre de la réforme de l'intérieur du catholicisme. 

 

De même que l'option du tout politique reste vaine si elle n'aboutit qu'à un vague prophétisme, la posture critique de l'institution n'est pas dénuée de risques et d'ambiguïtés. Quelle méthode utiliser alors que l'institution reste invariablement sourde aux demandes de réformes? Pourquoi ne pas trancher plus clairement avec les autorités légitimes de tutelle? Faut-il élaborer une autre Église ou militer pour une autre Église? La lassitude peut gagner les catholiques en manque d'Église et aboutir à des prises de position inédites. Déjà présente lors de l'assemblée de 2010 Le Temps est venu l'idée de sortir "par le haut des catégories dedans/dehors" se retrouve dans le dernier rapport d'orientation. Mais quel pourrait être ce nouveau visage d'Église a-instituionnelle? 

 

◊ Des croyants engagés sans Église institutionnelle?

 

Les Réseaux du Parvis reflètent-ils une configuration sociale et politique du religieux contemporain inédite? Distinguer l'Église de la religion, il ne s'agit d'ailleurs peut-être pas d'un phénomène français. Les conclusions de la dernière enquête du Pew Forum sur les appartenances religieuses aux États-Unis notaient à la fois la relative prise d'importance de la catégorie des "religious unfiliated" (5,8%) (des personnes se disant croyantes sans pour autant se reconnaître dans une religion instituée) et l'importance des désaffiliations chez les catholiques. Ni athés, ni agnostiques, nous serions devant une population de "croyants déconfessionnalisés"Retrouve-t-on un phénomène similaire chez les parvistes? Des croyants, sortis d'une logique d'Église instituée, dans les deux dimensions d'orthodoxie et d'orthopraxie, mais ne renonçant pas pour autant à des formes ponctuelles de rite et des engagements sociaux au nom de leur foi.

 

Un des aspects peu connus de l'action des membres des réseaux du Parvis se situe assurément dans des formes de militantisme sectorialisés pas forcément rattachables aux Églises instituées ni aux forces politiques ou syndicales les plus repérables. Dans l'ouvrage sur les chrétiens de gauche sus-mentionnés, il est frappant de relever le malaise des catholiques dans la politique, leur inventitivité — "l'autogestion" des années 1970 — et leur surinvestissement dans les groupes de réflexion, les clubs, dans une action composite se situant justement à la marge des partis ou syndicats institués. Aux Réseaux du Parvis, on trouve ainsi FHEDLES engagé, au niveau européen, dans le G3i: "groupe de travail international, interculturel et interconvictionnel" cherchant à "réfléchir aux problèmes de la cohésion sociale et de la laïcité dans une Europe multiculturelle et multiconfessionnelle" aux côtés d'associations humanistes laïques ou confessionnelles. Le groupe a organisé un colloque au Conseil de l'Europe et organisera prochaine une journée d'études au même Conseil. À la croisée de l'engagement confessionnel dans la défense des droits de l'homme et de l'élaboration d'une forme de citoyenneté européenne, on retrouve ainsi des militants chrétiens issus du Parvis, délégitimés dans leur propre Église, mais relégitimés par des acteurs publics européens en quête également de reconnaissance.

 

PHOTO-28.jpegCette configuration peut aboutir à oppositions inédites au niveau des instances européennes entre ces chrétiens engagés, au nom de leurs convictions religieuses, et leur propre Église, principalement autour des questions de bioéthique et de protections des LGBT. Au début de l'année 2010, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe discute le rapport du parlementaire socialiste suisse Andreas Gross portant sur les Discriminations sur la base de l'orientation sexuelle et de l'identité de genre. Ce texte cherche à intensifier la lutte contre les discriminations sur la base d'une orientation sexuelle minoritaire ou sur une identité de genre en décalage avec les attendus sociaux dominants. Le rapporteur pointe, aux pages 31 et 32, la place des "convictions religieuses" dans les "opinions négatives à l'égard des personnes LGBT" : "ces arguments s'appuient sur une interprétation particulière de la religion qui vient étayer l'idée que les personnes LGBT sont un danger pour la religion ou les croyants". Après un report avant l'adoption du rapport, la presse belge révèle que le nonce apostolique en France, Luigi Ventura, a écrit aux parlementaires du Parti Populaire Européen afin de les mettre en garde contre un "texte en opposition avec la loi naturelle et les valeurs promues par l'Église catholique". De son côté, le réseau Église en Liberté, ainsi que l'association David et Jonathan, apportent leur soutien publiquement au texte et se plaçent comme des acteurs religieux en désaccord avec les religions institués auxquels on pourrait les rattacher... Ils sont d'autant plus fondés à recevoir une forme de reconnaissance du côté des institutions européennes qu'ils reposent sur un fonctionnement associatif et donc démocratique contrairement aux principales Églises chrétiennes. Partis du champ religieux, ces militants se retrouvent dans un champ politique, en opposition avec les engagements politiques de leur confession de départ...

 

Un tel engagement religieux reste toutefois extrêmement virtuose reposant sur une poignée de militant.e.s disposant d'un assez bon niveau culturel et social pour se lancer dans une forme de lobbying auprès des instances européennes. Dégagé de sa dimension proprement mystique ou cultuelle, le religieux aboutit ici à un militantisme qui n'est pas sans rappeler la grande époque des chrétiens de gauche justement sans se réduire pour autant à un engagement politique...

 

***

 

Quel avenir pour les chrétiens des Réseaux du Parvis? Gardons nous peut-être de les croire disparus trop rapidement... Cette vision de Jean-Louis Schlegel est sûrement recevable si on prend comme point de référence la génération exceptionnelle des "chrétiens de gauche" des années 1950-1980 qui apparaît rétrospectivement comme une parenthèse finie dans l'histoire du catholicisme et dont les Réseaux du Parvis absorbent sûrement les derniers feux. L'Église romaine semble retrouver le cours plus classique de sa marche avec une frange minoritaire et peu écouté de catholiques d'ouverture. Ces derniers, qui peinent à élaborer une structure les rassemblant autour d'objectifs clairement partagés mais dont la sensibilité est clairement visible dans tous les pays occidentaux, se retrouvent dans une situation dans l'institution qui ne doit pas être trop différente de leurs devanciers des 19ème et 20ème siècles... Minoritaires dans leurs Églises, ils choississent alors des engagements sociaux pour rendre concret leur attachement à l'Évangile, même si dernier passe parfois par un certain irénisme dans la formulation. Ils peuvent également adopter une posture critique de leur propre Église et s'en détacher. Leurs engagements ne sont pas forcément politiques au sens d'une insertion dans des partis ou des syndicats, dont ils peuvent récuser le fonctionnement au quotidien ou éprouver comme une difficulté à les voir intégrer une approche confessante du social, mais ils se rattachent à la longue tradition du catholicisme social, expérimental, créateur et innovant, sur le plan local, dont on a peut-être du mal à évaluer l'importance et la richesse, dans les secteurs de la vie professionnelle, l'aide au développement, le développement personnel, l'engagement écologique, la lutte contre la précarité, etc. 


 


 

(1) PELLETIER, Denis et SCHLEGEL, Jean-Louis (2012) À la Gauche du Christ, les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours, Paris: Seuil, 614 p.

 

(2) Golias Magazine titrait son numéro de mars-avril 2012 sur les "Indignés de l'Église". Ce numéro offre un panorama, engagé, mais pas inintéressant des mouvements de contestation internes au catholicisme actuel : n°143, 127 p. 

 

Un texte en ligne sur ce blog qui exprime peut-être bien la ligne des chrétiens des parvis : 

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