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Penser le genre catholique

Penser le genre catholique

Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.

Les Mémoires d'Hans Küng : un document à verser à l’histoire de la théologie catholique(II)

Nous poursuivons notre parcours dans le premier tome des mémoires de Hans Küng en nous concentrant aujourd’hui sur sa production théologique. Le rappel de la  genèse des conférences, des cours et des ouvrages d’Hans Küng constitue une des trames essentielles de ces mémoires. 

A ce titre, elles ressemblent aux carnets du père Congar qui porte sur une période similaire et rapportent les stratégies complexes que les théologiens catholiques doivent déployer pour avancer leurs idées (1).

C’est en tout cas sûrement l’un des intérêts majeurs de l’ouvrage : permettre de comprendre la pensée théologique originale d’un homme qui a cherché à retravailler la tradition catholique au regard des progrès de l’exégèse historique et à la lumière de la théologie protestante.     

 

 

 

♣ Principaux ouvrages d’Hans Küng publiés dans la période 1928-1968 (en français)

   

Küng, Hans (1961), Concile et retour de l'unité : se rénover pour susciter l'unité, trad. Henri Rochais et Jean Evrard (Unam Sanctam; Paris: Cerf), 184 p.

 

--- (1963), Pour que le monde croie : lettres à un jeune homme, trad. Henri Rochais (L'Eau vive; Paris: Cerf).

 

--- (1963), Structures de l'Eglise, trad. Henri Rochais et Jean Evrard (Textes et études théologiques; Paris: Desclée de Brouwer), 460 p.

 

--- (1963), Le Concile, épreuve de l'Eglise, trad. Maurice Barth (Paris: Seuil) 255 p.

 

--- (1964), Discours au Concile Vatican II (Chrétiens de tous les temps ; Paris: Cerf) 301 p.

 

--- (1965), La justification : la doctrine de Karl Barth, réflexion catholique, trad. Henri Rochais et Jean Evrard (Textes et études théologiques; Paris: Desclée de Brouver) 444 p.

 

--- (1967), Liberté du chrétien, trad. Jean Evrard et Henri Rochais (Méditations théologiques; Paris: Desclée de Brouwer) 231 p.

 

--- (1968), L'Eglise, trad. Henri Rochais et Jean Evrard (Textes et études théologiques; Paris: Desclée de Brouwer)

 

 

 

♣ Un doctorat de théologie sur Karl Barth

 

 

Hans Küng choisit l’Institut Catholique de Paris pour faire sa thèse de doctorat sur le thème de la justification dans l’oeuvre du théologien protestant Karl Barth sous la direction de Louis Boyer. Le choix du Paris procède d’un souci de disposer d’un espace de réflexion plus libre et moins étroit que la Grégorienne à Rome. Même si le travail d'Hans Küng est bien noté à Rome, on lui fait comprendre que ses travaux ont des audaces qui pourraient être dangereuses (2). 

 

 

karlbarthpipe.jpgPourquoi choisir l’oeuvre de Karl Barth comme sujet de thèse de théologie catholique ? Le théologien suisse passe alors comme le plus grand théologien protestant de sa génération (on lui doit un commentaire de l’Epître aux Romains (1919) et une volumineuse Dogmatique ecclésiale (publiée à partir de 1932 et qui passe pour une des synthèses les plus abouties de la théologie protestante). Hans Küng se reconnaît également dans son compatriote qui, comme lui, parle et écrit en allemand. Il n’est pourtant pas le premier théologien catholique à s’être penché sur l’oeuvre de Barth qui fascine d’une certaine manière le monde romain. Le jésuite Balthasar y a déjà consacré des travaux importants. 

 

 

Rétrospectivement, Küng affirme avoir vu dans l’oeuvre de Barth un point de jonction possible entre théologie protestant et théologie catholique. Il point aussi chez le jeune théologien une certaine fascination par l'aspect libre et décomplexé de la théologie protestante :

 

 

« Karl Barth se rapproche le plus de la théologie catholique, justement parce qu’il représente la construction la plus conséquente de la théologie protestante, il est complètement orienté vers le centre Christ et il saisit justement en cela l’universalité de façon catholique. Je découvre ici la possibilité d’une nouvelle théologie oecuménique, fidèle aux Ecritures, et approprié à notre temps ! (...) de théologie à thèses à la romaine qui se sert de l’Ecriture uniquement comme une carrière où puiser des arguments mais plutôt d’une théologie entièrement imprégnée de l’Ecriture, orientée vers un seul centre, Jésus-Christ » (3)

 

 

A Rome, pour sa licence, Küng était parti de l’hypothèse qu’il était possible de rapprocher les positions protestantes et catholiques sur la justification. L’une des critiques majeures adressés par Luther à Rome au moment de la Réforme reposait en effet sur la possibilité d’un justification sola fide, c’est-à-dire seulement et uniquement par la foi. La théologie de Luther repose sur cette notion : Dieu justifie l'homme par la foi, c'est par la Parole que Dieu donne la foi à l'homme, cette Parole vivante étant elle-même contenue dans l'Evangile. Différemment, le magistère romain enseigne que Jésus a confié à un organisme visible, l'Eglise, le privilège d'administrer les trésors de ses mérites et que l'Eglise assure la justification des fidèles non seulement en leur prêchant la vérité mais également en leur administrant les sacrements. La lecture de Luther, nourrie d’une lettre de saint Paul, permet de critiquer également le culte des saints (dont l'Eglise se conçoit également comme la dépositaire de leurs grâces acquises) et le recours à des pratiques comme le commerce des indulgences. 

 

L’idée d’Hans Küng est qu’il est possible de dégager un «consensus de principe» entre la doctrine protestante telle que la présente Karl Barth et celle de l’Eglise catholique dans les décrets du Concile de Trente : 

 

 

« autant du côté catholique que du côté protestant, on peut affirmer : la justification de l’homme advient uniquement par la grâce de Dieu, sur la base de la foi, qui doit cependant se traduire par des oeuvres de l’amour !» (4)

 

 

D’une certaine manière, le coup de génie du jeune théologien est de proposer une formulation nouvelle qui permette un rapprochement entre des positions estimées comme inconciliables depuis le Concile de Trente. Dès les années cinquante, il entrevoit, anticipe et, d’une certaine manière, (même si c’est avec bien d’autres), initie ce mouvement de réflexion théologique qui verra la réconciliation entre catholiques et protestants sur la question de la justification.

 

 

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Vatican II, en rendant possible l’éclosion d’un réel mouvement oecuménique du côté catholique, permettra en effet de traduire en actes le rapprochement entre les deux confessions. Dès les années soixante-dix et quatre-vingt, des organes de dialogue théologique entre catholiques et protestants exploitent ces thèses au sein de certains textes. En 1972, la conférence d’études de la Fédération luthérienne mondiale et le Secrétariat romain pour l’unité des chrétiens produisent le Rapport de Malte qui enregistre le rapprochement décisif en ce qui concerne la question de la justification. In fine, ce mouvement aboutit en 1999 à un déclaration conjointe officielle des catholiques et des luthériens sur la justification (5). 

 

 

Hans Küng soutient son doctorat en 1957. Il reçoit les félicitations du jury. Un livre est rapidement édité : (en français) sous le titre La justification : la doctrine de Karl Barth, réflexion catholique (1965). C’est un joli succès d’édition (plusieurs parutions dans plusieurs langues) et des recensions plutôt positives si ce n’est élogieuses dans les revues de théologie - même du jeune Josef Ratzinger. Il fortifie assez rapidement l’idée d’un Hans Küng jeune théologien brillant et élément prometteur de sa génération. Il affirme que c’est grâce à ses professeurs français (Louis Boyer, Guy de Broglie) que son ouvrage n’est pas porté à l’Index des livres interdits par le Saint-Office (6). 

 

 

♣ Le cas Küng : des idées audacieuses dans un contexte d’ouverture?

 

 

Hans Küng s’inscrit dans le contexte finalement particulier de la tradition catholique libérale de la France mais, peut-être encore plus de celle des pays germaniques. Il peut s’appuyer sur des structures universitaires plutôt relativement bien dotées et ouvertes au dialogue quotidien avec les protestants. De même qu’il est relativement tard inquiété par le Saint-Office/la Doctrine de la Foi, Hans Küng parvient à obtenir des imprimatur des évêques. Il faut dire également que le contexte changeant de la mort de Pie XII, de l’arrivée de Jean XXIII et rapidement de l’annonce du Concile peut jouer à sa faveur. 

 

 

En 1958, Karl Barth invite Hans Küng à parler à l’université (protestante) de Bâle sur le thème «Ecclesia semper reformanda» (adage médiéval signifiant «l’Eglise doit toujours se réformer»). Selon l’optique traditionnelle de l’Eglise catholique tridentine, l’Eglise elle-même est sainte mais ce sont ses membres, pécheurs, qui doivent s’amender.

 

 

A l’époque cette thématique de la réforme reste brûlante en contexte catholique. Yves Congar avait signé en 1950 un ouvrage intitulé Vraie et fausse réforme dans l’Eglise (7). Avec une grande prudence et dans la ligne de l’enseignement catholique classique, le dominicain y distinguait la "vraie réforme" : la réforme dans la vie de l’Eglise d’une "fausse réforme" qui serait la réforme de la doctrine catholique.

 

 

L’optique d’Hans Küng est différente et va bien plus loin. Commentant les notes de sa conférence de l’époque, il résume : 

 

 

« Dans quelle mesure une réforme de l’Eglise est-elle possible dans l’Eglise catholique ? Nous pouvons en prendre conscience et prier, mais aussi user de critique et agir : il ne faut pas seulement une réforme des coeurs, non seulement remédier aux abus, non, il faut une réforme créative de la situation, selon les normes de l’Evangile.»

 

« Y-a-t-il une réelle réforme de l’Eglise dans l’Eglise catholique ? Il faut voir l’ensemble de la réforme avant la Réformation, le refus de la Réformation protestante et la Restauration catholique. Il faut parler d’une réforme catholique aujourd’hui, de dispositions catholiques pour une réalisation constructive des intentions de la réforme protestante et de beaucoup d’autres initiatives positives : surtout de la réforme de la doctrine.»

 

« (...) même un Congar ne souscrirait guère à ma demande centrale : les catholiques devraient réaliser les demandes justifiées des protestants dans le domaine de la vie et de la doctrine, et les protestants de leur côté devraient accéder aux demandes justifiées des catholiques ; dans les deux cas, à la lumière du seul et unique Evangile» (8)

 

 

La conférence est prononcée le 19 janvier 1959. Six jours plus tard, Jean XXIII annonce la tenue prochain d’un Concile Oecuménique pour se pencher sur la rénovation de l’Eglise catholique. C’est peut-être ça qui explique le succès du jeune Küng : il met des mots sur les aspirations de sa génération et sa pensée arrive au bon moment. Il arrive à point nommé, alors que le Concile se penche à la fois sur des mises à jours à l’institution et montre un souci d’un meilleur dialogue oecuménique. La promotion de Küng comme professeur de théologie dogmatique à Tübingen (1959) alors même qu’il n’a même pas fini sa thèse d’habilitation à Münster témoigne de l’estime qu’on lui porte alors dans les milieux catholiques universitaires d’ouverture. 

 

 

Reconstruction a posteriori ou véritable intuition du moment ? Hans Küng prend alors en tout cas à coeur l’idée de promouvoir d’importants changements et de jouer son va-tout au moment du Concile:

 

 

« Comment en effet un théologien de 32 ans, seul, peut-il se mettre à développer un programme global de réformes pour le concile Vatican II ? En ce qui me concerne, je me pose plutôt la question inverse : pourquoi ne devrais-je pas le faire, si j’en suis capable et personne d’autre ne le fait ? Car c’est exactement de cela que le concile a besoin, d’un programme.» (9)

 

« Je comprends clairement que pour éviter l’échec du Concile Vatican II, il faut des propositions concrètes de réformes. Je suis convaincu que le Concile se réunira dans une situation de transition d’une ampleur sans précédent, dans laquelle tous les aiguillages seront changés - le commencement d’une nouvelle époque» (10)

 

 

 

♣ L’exégèse historique et critique comme clé de de l’unité confessionnelle

 

 

Hans Küng affirme s’être s’écarté très tôt de l’exégèse enseignée à l’Université Grégorienne. Il la qualifie de «fondamentaliste», c’est-à-dire prenant l’Ecriture dans un sens littéral, du moins à l’exception notable d’un certain nombre de professeur. Elle serait, en tout cas, très critique de l’exégèse historico-critique telle qu’elle se pratiquait dans les pays protestants depuis la seconde moitié du XIXème siècle (11). Il rapporte par exemple comment à Rome dans les années cinquante on critique encore la théorie de l’origine synoptique de 3 des quatre évangiles (à partir d’une source connue identifiée comme Q. Thèse désormais plutôt unanimement reçue tant du côté catholique que protestant). Très tôt, il rapporte, lui, avoir été sensible aux travaux de l’allemand Max ZERWICK sur les récits d’enfance de Jésus et du français Stanislas LYONNET. Sa rencontre avec Karl BARTH est également déterminante même si, selon lui, sa théologie n’intégrait pas jusqu’au bout une méthode d’exégèse historique car ne remettant pas en cause ses thèses dogmatiques.

 

 

Les mémoires d’Hans Küng nous replace en fait dans les débats théologiques de cette époque marquée par l’affrontement entre plusieurs écoles. Jeune professeur de théologie à Tübingen, il aura à coeur de reprendre et continuer leurs travaux. 

 

 

bultmann2.jpgPremier de ces débats qui informent la théologie de Küng : comment recevoir les textes du Nouveau Testament ? et notamment celui qui oppose Karl Barth et Rodolf Bultman. Selon une thèse avancée par le théologien luthérien Rodolf BULTMAN (1896-1974), en particulier dans son ouvrage Neues Testament und Mythologie (1941), on peut comprendre les Evangiles en tant que message (kerigma). Comme ils sont postérieurs à l’époque du Christ, ils reflètent le message des  individus de leurs temps. Pour l’humain contemporain, l’étude du Nouveau Testament n’est donc valable que si on l’interprète de façon critique et on le démythologise. BARTH s’est fortement opposé à BULTMAN : il y voit une théologie trop libérale qui dilue la Bible dans l’histoire.

 

 

1233071129145Autre débat de l’époque : le catholicisme est-il contenu dans le Nouveau Testament ou est-il le produit d’une tradition postérieure (postulat de la Réforme) ? Ce débat a rejailli dans les pays germaniques avec le parcours et l’oeuvre d’Heinrich SCHLIER (1900-1978) un pasteur protestant élève de Bultman. Ses études le poussent à se convertir au catholicisme ; en exerçant une exégèse historique il en arrive à la conclusion que le catholicisme apparaît dès le Nouveau Testament et non, comme le pense la théologie protestante, après le Nouveau Testament. Il ne donne pas un système doctrinal homogène comme l’avait présumé l’orthodoxie luthérienne et réformée. Schlier détecte dans le Nouveau Testament des éléments catholiques que les protestants récusent comme l’ordination, la succession apostolique, le ministère épiscopale ou le ministère de Pierre. Ernst KÄSEMANN (1908-1998), pasteur luthérien spécialiste, répond  ce dernier. A ses yeux, si on peut trouver dans le Nouveau Testament des éléments d’un catholicisme naissant, il refuse d’y voir un motif nécessaire de conversion. Il maintient plutôt la position protestante de la nécessité d’avoir un regard critique sur le message originel du Christ. Il développe ainsi l’idée du «canon dans le canon». Le chrétien protestant doit appliquer une sorte de discernement raisonné dans le Nouveau Testament à la lumière du «Paul authentique» (c’est-à-dire différent des Actes et des épîtres pastorales), c’est-à-dire le Paul de la justification par la grâce fondée sur la foi. Cette idée lui permet d’avancer que, contrairement à ce qui est communément admis, le Nouveau Testament n’est pas le fondement de l’unité de l’Eglise, bien au contraire, à cause de ses éléments divers, la raison de la multiplicité des confessions ! 

 

 

La pensée théologie d’Hans Küng se comprend à la fois sur le fond de ce débat et en dialogue avec lui. Le théologien cherche une troisième fois qui combine à la fois l’érudition de l’exégèse critique protestante et la tradition catholique. Fortement touché par l’argument de Käseman sur une possible «faillibilité» des Ecritures, il préfère la position d’un autre théologien protestant Hermann DIEM (1900-1975) selon laquelle il n’est pas nécessaire d’abandonner l’unité de l’Ecriture et du canon du Nouveau Testament, à condition, toutefois, de conserver une approche critique des éléments de tradition : 

 

 

« Aucun des écrits du Nouveau Testament, reconnus depuis si longtemps dans l’Eglise, ne doit être liquidé de prime abord comme s’il n’était plus obligatoire aujourd’hui, même pas l’épître de Jacques, avec son emphase sur les oeuvres. Donc, pas de «canon dans le canon» avec lequel on discrédite de primer abord certains écrits gênants du Nouveau Testament, surtout des écrits attribués au «catholicisme primitif» de Paul et de sa compréhension de la justification. Il n’est pas impossible d’entendre dans ces écrits la Bonne Nouvelle du Jésus-Christ ! Je vois plutôt que, selon la situation modifiée des auteurs et de leurs communautés, un développement du message d’origine était tout simplement nécessaire. Voilà qui nous autorise aujourd’hui à notre tour à traduire le nouveau message chrétien d’origine pour une nouvelle situation de prédication et à l’interpréter selon les circonstances pour une nouvelle situation et pour notre temps au lieu de le répéter tout simplement mot pour mot» (12) 

 

 

Mais, Hans Küng, catholique, se distingue d’Hermann Diem, protestant, en appelant de ses voeux la réalisation d’une lecture «vraiment» catholique du Nouveau Testament :

 

 

« Seul le catholique peut entièrement prendre au sérieux l’élément catholique dans le Nouveau Testament et permettre une interprétation juste de tous les écrits néo-testamentaires dans leurs rapports réciproques (...) ce qui m’importe c’est qu’avant le canon néo-testamentaire, il y avait l’Eglise du Nouveau Testament. C’est elle qui a reconnu ce canon, au cours d’un long processus complexe de sélection, en tenant compte de nombreux facteurs (...) la question demeure cependant : pourquoi en résulte-t-il alors une diversité contradictoire de confessions ? A ce point, une réponse claire me semble s’imposer : c’est parce que l’on n’approche pas les écrits du Nouveau Testament avec une compréhension globale et en ce sens «catholique» (en grec katholikos : «ce qui forme un tout). Parce que l’on procède plutôt à une «sélection», en grec hairesis, une «hérésie» (...) le canon néo-testamentaire, avec ses matériaux multiples, peut être l’occasion ou la condition d’une diversité contradictoire des confessions, mais il n’en est pas la cause. C’est plutôt l’hérésie qui en est la cause puisqu’elle sélectionne et dissout ainsi l’unité de l’Eglise dans des confessions multiples. Le canon néo-testamentaire, s’il est compris de façon «catholique» et global, est la condition non pas de la multiplicité des confessions, mais plutôt de l’unité de l’Eglise» (13)

 

 

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Aux yeux de Küng, une lecture vraiment «catholique» (entendu comme universelle ou globale) et non confessionnelle (au sens catholique ou protestante) du Nouveau Testament devrait aboutir à l’unité... Là encore : la position de Küng est-elle innovante et originale en son époque? D’une certaine manière oui, lorsque que quelques années plus tard, le Conseil Oecuménique des Eglises produit un document sur les ministères d’après les Ecritures, il procède d’une méthode proche de celle préconisée dès le début des années soixante par Hans Küng (14).


 

fin du deuxième billet : prochain billet « Hans Küng, théologien et historien» 

 

 


 

Notes : 


(1) Congar, Yves (2002), Mon journal du Concile (Paris: Cerf) 632 p.

(2) voir p. 154

(3) p. 151

(4) p. 153

(5) cf. un article (catholique) accessible en ligne :

(6) p. 175

(7) Paris, «Unam Sanctam», Cerf, 1950, 648p.

(8) p. 208

(9) pp. 227-228

(10) p. 231

(11)  sur ce qui suit : p. 267 et passim

(12) p. 276

(13) p. 277

(14) Conseil Oecuménique des Eglises (1993), Baptême, Eucharistie, Ministère (1982-1990) : Rapport sur le processus "BEM" et les réactions des Eglises (Paris: Cerf) 178 p. 

 

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