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Penser le genre catholique

Penser le genre catholique

Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.

Anne-Marie Helvétius et le sexe des anges au Moyen-Age

Compte-rendu de : Anne-Marie HELVETIUS "Le sexe des anges au Moyen-Age" (pp. 103-130) dans De la différence des sexes, le genre en histoire paru en 2010 sous la direction de Michèle RIOT-SARCEY chez Larousse, 288 p., 18€. 

 

Anne-Marie Helvétius (professeur d'histoire médiévale à Paris VIII) analyse le Moyen Age comme une période cruciale dans la définition du genre du christianisme occidental. L'historienne y défend une thèse intéressante et vivifiante. Par rapport "aux idéaux ascétiques et monastiques des premiers siècles qui allaient dans le sens d'une négation des différences entre les sexes pour "ne faire plus qu"'un en Jésus-Christ" (Ga 3, 28)" la médiéviste identifie une évolution concomittante à "la montée en puissance du clergé, fermé aux femmes",à une  époque qui correspond "à une dégradation de la position des laïcs en général et des femmes en particluer dans l'Eglise et la société" (p. 102). Autrement dit, la théologie occidentale se serait progressivement développée, de la fin de l'Antiquité au XIIe siècle, dans le sens d'une savante recomposition des traditions antérieures "pour promouvoir à la fois une pureté sacrementelle strictement masculine et une nouvelle hiérarchie des pouvoirs" (p. 103), ce processus ayant atteint son sommet au moment de la réforme dite grégorienne (XIe siècle).

 

♣ "deux mille ans après le Christ, les problèmes posés par l'exégèse biblique sur la différence des sexes sont toujours d'actualité"

Surprenante assertion ! La médiéviste montre bien comment ce n'est pas nos cerveaux détraqués de contemporains abrutis par la "théorie du genre" qui ont interrogé la différence des sexes avec, dans et par la Bible. Si le premier récit de la Genèse rappelle que l'homme a été créé "à l'image de Dieu, mâle et femelle" (Gn 1, 27), le second, plus détaillée, aborde la création de l'homme à partir de la poussière du sol et de la femme à patir d'un côte de l'homme (Gn 2). L'historienne rappelle qu'au Moyen-Age, les théologiens se divisent alors en deux camps:


"les uns insistant sur le premier récit, y voient la création originelle d'un individu double, à la fois mâle et femelle, qui est à l'image de Dieu ; dans un second temps, cet individu est séparé en deux êtres sexués. Les autres y voient au contraire la preuve que la femme est née après l'homme et à partir de lui, ce qui lui donne un rôle subordonné mais complémentaire qui n'a de sens qu'au sein du consortium des époux." (p. 105)

 

Mais la Genèse n'est pas le seul élément de la réflexion sur le genre au Moyen-Age. Il y a également le verset de saint Paul dans l'épître qu'il adresse aux Galates : "Il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme : vous n'êtes tous qu'un en Jésus-Christ" (Ga 3, 28). Un passage de la première épître aux Corinthiens appelle hommes et femmes à demeurer vierges, même s'il est admis qu'ils se marient : "l'homme qui n'est pas marié a souci des affaires du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur" (I Co 7, 32-38). Si pour Paul, hommes et femmes sont égaux dans la virginité consacrée, il établit cependant une stricte hiérarchie entre les sexes. Il interdira aux femmes de parler dans les églises, les appelera à la soumission à leur mari (I Co 14, 33-35 ou 1 Tm 2, 11-15), et leur imposera le port du voile selon une interprétation qui lui est propre de l'épisode du Déluge de la Genèse  (1 Co 11, 3-10). A ces deux sources bibliques (la Genèse et les épîtres pauliniennes), il faut rajouter quelques épisodes du Nouveau Testament. 

 

Anne-Marie Helvétius distingue donc deux groupes de théologiens depuis les Pères de l'Eglise. Ceux qui suivront plutôt Paul et la seconde version du récit de la Genèse, c'est-à-dire considérant le genre humain comme différenciée et hiérarchique. Ceux qui développent l'idée du sexe universel et de "l'homme originel créé comme être asexué, à l'image de Dieu". Ces derniers penseurs sont davantage apocryphes mais, selon elle, cela ne doit pas délégitimer leur importance, car, au Moyen-Age "les milieux savants (...) les considéraient comme des enseignements secrets, réservés aux initiés (secreta en latin)" (p. 107).

 

Pour l'historienne le marqueur social principal dans la société romaine était l' ordre (ingénu, esclave, étranger, plébéien, patricien, etc.) combiné au genre (le mariage est le garant de la filiation et de la transmission de la citoyenneté et du patrimoine). La conception traditionnelle recule dans un contexte tout à la fois d'essor du christianisme que de mutations plus globales des conceptions philosophiques et religieuses. L'influence des religions orientales contribue à répandre l'idée d'une égalité entre hommes et femmes. Les philosophies influencées de Platon peuvent pousser les femmes à acquérir des vertus "viriles", à devenir aussi "fortes" que les hommes et à mettre à distance les contingences de la chair. Ces changements sont également visibles dans le christianisme naissant. De nombreux passages du Nouveau Testament vont dans le sens du refus de la procréation charnelle (Mt 19, 22 sur les eunuques volontaires pour le royaume ou Lc 21, 23 : "Malheur aux femmes qui sont enceintes et à celles qui allaitent en ce jour").


♣ Le troisième genre de la vie angélique 

 

Anne-Marie Helvétius rappelle également l'importance du monachisme dès le deuxième siècle. Elle souhaite mettre à distance une lecture du phénomène trop informée par ce qui a suivi (et notamment le modèle bénédictin). Elle préfère souligner le lien entre la quête de perfection de la philosophie antique et la quête de perfection du monachisme chrétien. L'idéal de virginité s'inspire autant de la tradition néo-platonicienne que de l'héritage oriental.  Selon l'historienne, "à l'origine, le monachisme n'est (...) pas une institution mais un engagement personnel du chrétien devant Dieu, un choix individuel que chacun et chacune assument à sa manière, indépendamment de l'institution ecclésiastique" (p. 111). Les moyens pour y arriver sont multiples : l'étude, le silence et la méditation, la prédication dans les villages mais aussi l'ascèse et le refus de la chair. C'est le pouvoir impérial qui n'aura de cesse de vouloir stabiliser le mode de vie monacal en écartant les possibilités d'une voie médianne. Parmi eux, la voie qui s'imposera progressivement est celle de la continence consacrée:

 

"les vierges hommes et femmes (qui) optent pour la vie cénobitique au sein de communautés soumises à de strictes règles de pureté, afin de s'identifier aux milices célestes : en menant la vie des anges, ils espèrent être comptés parmi les cent quarante-quatre mille vierges de l'Apocalypse de Jean, promis à la béatitude (...) leur principale occupation consiste à unir leur chant sur terre à celui des anges dans les cieux pour louer Dieu sans cesse et prier pour le salut du monde. De fait, sleon une croyance répandue au Moyen-Age, seuls les vierges ont le privilège d'entendre le chant des anges. L'apôtre Jean, le disciple bien-aimé qui repose, confiant, sur la poitrine du Christ est considéré comme le chef de file de ce courant viriginal" (p. 112). 

 

Pour la médiéviste, les adeptes de ce "courant virginal" "sont en quelque sorte représentants d'un troisième genre, le genre asexué des originees de l'humanité créée à l'image de Dieu" (idem). Dans la vie virginale, les femmes dépassent leur faiblesse et se virilisent. Elles renoncent à la maternité charnelle pourtant considérée à Rome comme la fonction naturelle des femmes et élèvent leur esprit vers Dieu. Jésus, s'il s'est incarné en un homme (mâle) sur terre, "dans sa virginité, agneau immaculé, apparaît aussi comme l'image unisexe de Dieu" (pp. 112-113). A partir de l'étude de plusieurs textes apocryphes de tendance gnostique, l'historienne met à jour cette conception viginale particulière. Dans l'Evangile selon Thomas, Jésus peut dire à ses disciples : "lorsque vous ferez des deux un (...) que vous ferez du mâle et de la femelle un seul et même être, de façon à ce que le mâle ne soit plus mâle et que la femelle ne soit plus femelle (...) c'est alors que vous rentrerez dans le Royaume de Dieu" (cité p. 113) (nous mettons en gras).

 

Le succès de la vie angélique connaît un grand succès dans l'Occident latin, notamment auprès des femmes. Les traités sur la virginité se multiplient et l'Eglise institutionnelle offre les premiers cadres réguliers à ces expériences. Si la chasteté est une vertu, l'Eglise ne souhaite pas condamner le mariage pour autant. Elle équilibre donc son discours entre Paul, la valorisation de la continence pour le Royaume, d'un côté mais également le baptême, suffisant pour assurer à tous le salut et la possibilité du mariage de l'autre. A l'époque, l'enjeu est alors considérable car "les moines et moniales prétendent en général pouvoir se dispenser de la capacité du clergé" et "s'estiment capables d'accéder seuls aux révélations divines" (p. 114). Les laïcs sont également attirés par l'aura mystique qui entoure les moines et moniales. Ils leur font des legs importants. Pour le clergé, la concurrence est forte : "le sacrifice des autels accompli par le prêtre à la messe entre en concurrence directe avec le chant des communautés de vierges pur(e)s" (idem).

 

L'enjeu des évêques des premiers siècles de l'Eglise, avec le soutien de l'empereur, est donc bien de cadrer ces expériences. Ils y parviendront de manière contrastée. Augustin d'Hippone, Ambroise de Milan, Hilaire d'Arles encouragent les membres du clergé à renoncer au mariage et à mener, en communauté, une vie comparable à celle des moines. Le modèle viriginal est tellement valorisé qu'il contamine les autres états de vie. Pour l'historienne, il faudrait voir ici l'amorce du long processus qui aboutira au XIIe siècle en occident de l'imposition du célibat aux prêtres.

 

L'autre source de "désordre" social qui inquiète les empereurs c'est la mixité dans les ouvents. Dès 529, l'empereur Justinien demande la séparation des monastères d'hommes et des monastères de femmes ; diverses novelles rappellent au VIe siècle cette décision impériale. Cette législation connaît un succès limité en Occident. Les monastères occidentaux peuvent rester mixtes aux époques mérovingienne voire carolingienne. Venance Fortunant et Radegonde de Poitiers ou Benoît de Nursie et sa soeur Scholastique sont des exemples qui révèlent, pour Anne-Marie Helvétius, "l'égalité des sexes et leur complémentarité" dans les fondations occidentales. Les vies des saintes abbesses du Haut Moyen Age témoignent d'une certaine marge de manoeuvres. Elles sont instruites théologiquement et actives économique. Elles peuvent être sujettes à des visions et des révélations divines. Elles les interprétent sans forcément recourir à un prêtre. "Plusieurs hagiographies présent même les saintes abbesses comme des personnes 'ecclésiastiques' capables de procéder à des rites liturgiques" (p. 119). Elles s'intègrent aux réseaux dynastiques et participent à la consolidation des pouvoirs monarchiques. Selon l'historienne, "du VIe au VIIIe siècle, la relative indifférenciation des genre qui caractérise l'exercice du pouvoir rejoint donc les idéaux de la vie angélique" (idem). Elle fait l'hypothèse qu'il s'agit du reflet des conceptions antiques de la création asexuée de l'homme. Anne-Marie Helvétius considère que les récits apocryphes et orientaux étaient connus des milieux chrétiens monastiques de l'époque mérovingienne. Certains apocryphes composés dans le nord de la Gaule franque comme l'Evangile du Pseudo Matthieu reflète ce paysage mystique et spirituel. On y glorifie une communauté de vierges qui persévéraient dans la prière à Jérusalem près du Temple et dans laquelle Marie elle-même aurait vécu avant d'enfanter le Christ. 

 

 

♣ La réaction de l'Eglise institutionnelle à partir du VIIIe siècle

 

Pour Anne-Marie Hélvétius, "les autorités ecclésiastiques ont majoritairement pris position contre l'hypothèse d'une participation égalitaire de l'homme et de la femme à l'imago Dei" (p. 121) préfèrant suivre la lecture patriarcale de saint Paul "conformes aux mentalités dominantes du monde romain, cette interprétation avait le mérite de justifier du même coup que les femmes demeurent exclues des ordres majeurs du clergé". Mais, pour l'historienne, "contrairement à ce que laisse entendre l'historiographie catholique traditionnelle, soucieuse de proposer une lecture continue de l'histoire, l'idéal paulinien ne s'est pas imposée d'emblée comme une évidence" (idem). C'est à l'issue d'un long processus que la ligne dure et misogyne l'a emportée. L'Occident et l'Orient se sont retrouvées dans une situation différente dans le sens où les royautés issues de l'effondrement de l'empire romain d'Occident n'avaient pas le même pouvoir centralisateur fort que l'empire byzantin. L'apparition d'une monarchie franque puissante à partir du VIIIe siècle et l'essor des empereurs carolingiens et ottoniens changèrent la donne :

 

"Ce processus qualifié de 'réforme de l'Eglise', allait aussi entraîner une redéfinition complète de la théocratie, désormais fondée sur une distinction entre pouvoir "temporel" et pouvoir "spirituel", ce qui revient à opposer le pouvoir laïc et le pouvoir clérical. Cette cléricalisation de la société chrétienne ne pouvait se faire qu'au détriment des laïcs, donc aussi des femmes." (p. 122)

 

Pour défendre son idée, la médiéviste revient sur trois phénomènes institutionnels et théologiques qui illustrent bien ce processus:


 ◊ La réforme carolingienne (VIIIe)

 

La réforme de l'Eglise est alors concomitante d'une phase d'expansion géo-politique du pouvoir franc. Pour établir une cohérence territorial, les monarques choisissent d'unfier les pratiques et les croyances des communautés chrétiennes de tout le royaume. Cela se traduit par une séparation distincte plus claire entre deux "ordines" (ordres) : l'ordo clericorum (ordre des clercs) et l'ordo monachorum (ordre des moines). Les capitulaires carolingiens et les canons conciliaires francs enjoignent chaque communauté à se ranger dans l'un des deux ordres. Le monachisme est réorganisé selon une règle unique, celle de Benoît de Nursie. Louis le Pieux sépare plus nettement les moines (règle bénédictine), les "chanoines" (clercs vivants en communautés vivant selon un canon) et les chanoinesses (femmes qui ne sont pas des moniales vivant en communautés et selon des sanctimoniales):

 

"La réforme est clairement incompatible avec le monachisme angélique, centré sur le chant de louange des moines et des moniales (...) l'idée générale consiste à convaincre les moines et les moniales de se reconnaître comme pécheurs et non comme parfaits, car la perfection n'est pas de ce monde" (p. 123).

 

La vie religieuse féminine est de mieux en mieux encadrée. Dans l'esprit des réformateurs, l'éducation des jeunes filles de l'aristocratie leur revient toujours mais le contrôle épiscopal se renforce. En parallèle à ces réformes, la théologie revalorise des textes de l'Ancien Testament (Lévitique, Deutéronome) pour dénoncer les impuretés des laïcs et mettre en avant, au contraire, la pureté des prêtres. Les femmes sont progressivement écartées de la liturgie. Les diaconesses disparaissent des sources. Les théologiens plaident pour le célibat des prêtres. La messe prend de plus en plus son importance au détriment du chant monastique.


 

◊ L'essor de la figure mariale

 

L'exégèse mariale connaît un changement progressif au cours du Moyen Age. Cette évolution reflète celle des relations entre hommes er femmes ainsi que globalement celui du système politique. De la patristique avait émergé l'idée que Marie était la nouvelle Eve, celle qui inversait les conséquences néfastes de la Chute et apportait le Salut au monde en engendrant le Christ. Le Concile d'Ephèse en 431, en proclamant Marie Theotokos ou Mère de Dieu, marque le début d'un culte important à cette Vierge-Mère. Mais pour l'historienne, "dans l'Occident du VIe-VIIIe siècle, la Vierge-Mère apparaît surtout comme une figure fascinante aux yeux des ecclésiastiques masculins. Les moniales quant à elles, se réfèrent à leur unique modèle, le Christ dont elles se considèrent comme les épouses - et non les mères !" (p. 125). L'historienne montre ainsi comment les prêtres poussent les moniales à voir dans Marie une médiatrice: "les clercs préfèrent voir les moniales suivre l'exemple de Marie plutôt que celui du Christ, d'autant que la médiation mariale symbolise aussi celle de l'Eglise" (p. 126). Progressivement, la conceptualisation théologique autour de Marie se complexifie : "Aux anciens parallélismes Eve-Marie et Marie-Eglise s'ajoute peu à peu lidée que Marie est aussi Reine des Cieux, épouse du roi des rois, Sponsa Christi par excellence : c'est au coeur du consortium sponsale qui l'unit au Christ que son rôle de médiatrice va pouvoir s'affirmer" (idem). 

 

◊ Vers une théocratie pontificale

 

La réforme carolingienne se prolonge sous différentes formes dans des réformes monastiques puis inspire la "réforme grégorienne" du XIe siècle. Cette période correspond à une prise de pouvoir grandissante des clercs dans la vie sociale et politique en Occident. Si les abbesses restent des femmes puissantes, Anne-Marie Helvétius note la disparition des communautés religieuses dissidentes, le recul des chanoinesses, et la mise sous contrôle de l'autorité épiscopale. L'hagiographie féminine change de thématiques. On y parle moins des miracles accomplis par les femmes elles-mêmes que des conseils pratiques relatifs à la vie quotidienne et au travail manuel comme s'il fallait convertir les femmes à suivre la règle bénédictine. Globalement, à partir du XIe siècle, la réforme grégorienne impose le célibat des prêtres et dans la définition de la primauté du pape subordonne le temporel au spirituel : "le pape, un clerc célibataire, remplace dans cette fonction l'empereur, les rois et les princes, laïcs et mariés. Seul vrai représentant du Christ sur terre, le pape prétend même exercer une forme de suzeraineté sur les souverains laïcs" (pp. 129-130). Ce processus se serait globalement fait au détriment des femmes:

 

"la femme bonne épouse et mère, exclue du lit du clerc, l'est aussi de toute forme de pouvoir reçu par Dieu. Ecartée de tout pouvoir spirituel (...) et soigneusement encadrée par les clercs, la femme religieuse n'aura d'autre oslution que de se réfugier dans la mystique, pendant que la femme mariée secondera son mari dans l'exercice du pouvoir temporel au sein du consortium marital. La nouvelle théocratie consacre la victoire de la masculinité sur le "sexe universel"." (p. 130)

 

***

Le court article d'Anne-Marie Helvétius ouvre des pistes véritablement intéressantes dans la compréhension du genre chrétien occidental. Il permet de se décentrer d'un certain nombre d'évidences trop facilement acquises comme par exemple ici, l'unité de vie monastique entre ses débuts aux III-IVe et sa formalisation progressive ou l'interprétation flottante et mouvante des textes fondamentaux expliquant le rapport de genre dans l'exégèse et la théologie. Comme souvent, on voit comment la différence homme/femme rejoue étroitement la différence clerc/laïc au sein du christianisme latin. Il y a chez Anne-Marie Helvétius des élans historiques et des intuitions aussi intéressantes que celles de l'historien du christianisme antique Peter Brown, même si dans l'espace court d'un chapitre c'est difficile d'en faire le reproche, on regrette parfois la rapidité de la démonstration et le manque de références plus détaillées pour comprendre le raisonnement.   

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