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Penser le genre catholique

Penser le genre catholique

Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.

Actualité du réformisme catholique français...

Dépassés, démodés, vieux et affaiblis, les militants progressistes pèseraient de moins en moins dans l’institution catholique. «Tradi-charismatiques», «génération Benoît XVI», adeptes de la «nouvelle évangélisation» et autres jmjistes jeunes, décomplexés et dynamiques, semblent avoir remplacé depuis une décennie au moins les vieux militants forgés à l’action catholique, l’exercice critique et l’ouverture aux «signes des temps». Est-ce si certain ?  Cela fait sûrement quelques décennies que les militants progressistes les plus actifs ont deserté l’institution pour investir leur énergie réformatrice dans les sphères laïques et déconfessionalisées de la société, laissant à la grâce de Dieu, les changements institutionnels. Discrets dans la société sur leur motivation chrétienne, discrets dans l’Eglise au nom de l’unité et dans le souci de ne pas diviser, c’est à eux qu’a rendu récemment un bel hommage Témoignage chrétien dans une série d’entretiens accordés à des acteurs, religieux ou non, intellectuels ou responsables associatifs... 

 

Pour autant, les progressistes catholiques ont-ils disparu ? Qui sont-ils/elles ? Esquisse à vue d'oeil d'un tableau... Ils/elles sont peut-être aussi davantage présents à la marge de certaines congrégations religieuses ou de certaines paroisses ou de certains instituts universitaires ou de certaines formes d’action charitable (développement, humanitaire) que l’on sait officieusement plus «ouverts» que dans les grands rassemblements et pèlerinages nationaux ou internationaux à qui l’on donne plus de visibilité. Ils/elles peuvent travailleur pour l’institution ou à sa marge. Ils/elles cultivent un bulle ouverte aux productions culturelles et sociales les plus contemporaines, gardent un oeil attentif sur les enjeux catholiques et ont des contacts permanents et discrets avec des responsables et des clercs catholiques. Ils/elles ont assez d'outils intellectuels et de références chrétiennes pour relativiser la parole blessante d'un pape, d'un cardinal ou d'un évêque. Cela fait longtemps qu’ils/elles ne parlent plus trop, s'investissent "à échelle locale" Rome étant si loin, échaudés par le pire de la crise catholique des années soixante-dix pour les plus vieux et ayant bien intériorisés les menaces qu’ils/elles font peser sur le groupe social en période de crise pour les plus jeunes. Ils/elles espèrent sûrement que les choses changent d’elles-mêmes et ont sûrement pour anti-modèles l’activisme ecclésial des réformateurs/restaurateurs liturgiques et des ligues de vertu parties en croisade contre le changement social au nom de l’ordre moral. Ils/elles lisent Pietro di Paoli, Olivier Legendre et Albert Rouet et se prennent à rêver dans des ouvrages (que protège souvent la fiction) d’une Eglise «plus humaine», plus "à l’image du Christ" et "plus en phase avec le monde tel qu’il est". Modéré-e-s ou plus réformistes, ils/elles ne souhaitent pas faire de vague, n’ont pas de pensée systémique ni de remède de cheval à imposer, ne sont pas d'accord sur tout et n'ont même pas forcément de "programme". C'est un "ton" et une "posture" qui les agacent. Ils/elles ne se braquent pas sur le "mariage des prêtres" ou la "messe en latin" mais souhaitent une église "plurielle" où les différentes tendances puissent vivre et cohabiter. Ils/elles sont davantage conscients du discrédit croissant dont souffre le christianisme sous sa forme romaine. Ils/elles s’enracinent dans une certaine forme de tradition française et qui anime une partie encore non négligeable, même si elle diminue, de l’épiscopat : le réformisme modéré habitué à la diversité des réalités sociales et à la complexité du fonctionnement social. Ils/elles son peut-être divorcé(e)s/remarié(e)s, ont un frère, une soeur, un fils ou une fille qui l'est, ont un beau-frère "gay" et des enfants qui utilisent des contraceptifs sans que cela ne les révulse. Ils/elles sont les produits de la modernité religieuse et de l'individualisme contemporain et se reconnaissent pas forcément dans les cadres anciens de la pratique et de la foi sans pour autant quitter le bateau. 

 

Le pontificat de Benoît XVI offre de nombreux points de résistances pour qui sait les lire, ne cesse de questionner les milieux progressistes catholiques et repose la question de l’engagement public. Les malaises créés par la levée de l’excommunication de l’évêque Williamsom, la réintégration par des instituts spécifiques des anciens lefevbristes comme à Saint-Eloy à Bordeaux, la découverte de l’ampleur des cas de pédophilie ont engendré semble-t-il un sursaut. Dernier baroud d'honneur ? Peut-être que face à la vitalité démographique des groupes plus conservateurs, les catho progressistes de l'ombre comprennent que l’enjeu de la transmission passe par de nouveaux réseaux, de nouvelles expériences et des rassemblements plus visibles. La preuve ? Une série d’événements (pas forcément coordonnés et à la genèse séparée) qui se préparent pour l'automne et le printemps prochain. Ces événements pas vraiment d'ampleur ou massifs restent malgré tout révélateur à notre sens d'une continuité sociale évidente avec les générations formées dans les années conciliaires. Petit panorama : 



♥ la Conférence Catholique des Baptisé-e-s de France (CCBF)née indirectement il y a un an des propos un peu gaillards d'un archevêque sur les femmes et les jupes et de la marche des cathos citoyens du 11 octobre 2010 qui a suivi, poursuit son petit bout de chemin. Une association va bientôt voir le jour pour promouvoir la conférence proprement dite sur des bases démocratiques. L'organisation se structure à partir de groupes locaux. Dès maintenant, en tout cas, on peut consulter une lettre au Saint-Père pour lui demander "de confier aux baptisés un temps de réflexion pour qu’ils réfléchissent sur la mission que leur donne leur baptême, en proclamant une année baptismale à partir de juin 2011 couronnée d’une « Journée des baptisés » dont la première édition serait le 26 juin 2011, et qui aurait ensuite lieu chaque année, le dimanche suivant la saint Jean-Baptiste"... 2011 sera l'année-test pour la toute récente CCBF... Née dans un coup d'éclat et sous les auspices favorables des médias, il lui faudra prouver désormais sa capacité à fédérer et  continuer d'exister dans l'espace très ténu du débat dans l'Eglise. Ses atouts ? Tout d'abord, deux femmes Christine Pedotti & Anne Soupa ses fondatrices ! A l'image sûrement des nombreuses femmes qui font marcher l'Eglise-catholique tous les jours, deux femmes qui ont un caractère forgée pour le débat d'idées sans apostrophe ni caricature ! Deuxième atout : une fraîcheur de ton et une empathie avec l'institution qui changent beaucoup du militantisme progressiste catho des années soixante-dix... Ce qui semble plaire : les impatiences ne se sont pas transformées en aigreur ni en revendications maximalistes mais en pistes constructives de dialogue et de réflexion. Comment exister toutefois à long terme sans mettre en avant ses divergences et braquer l'institution contre soi ? A noter, également, la mention dans la littérature grise du mouvement d'une annonce pour la célébration œcuménique parisienne de l’amour inclusif de Dieu dans le cadre de la marche des fiertés (25 juin dernier)... Une ouverture à l'inclusivité s'esquisse-t-elle à la "CCBF" ? A suivre...

 


♥ Les Etats Généraux du Christianisme portés par l'hebdomadaire catholique la Vie, les 23-25 septembre 2010 à l’université Catholique de Lille. Cette rencontre se veut l’analogue français des Kirchentag allemands, mais à la différence des organisateurs des Kirchentag... Le programme : "Trois jours de rencontres, de débats, de prière et de fête pour, ensemble s'interroger. Quels sont la place et le rôle du christianisme dans la société contemporaine ?". Il ne faut pas négliger la part dans le progressisme catholique d'associations comme les amis de la vie ou du réseau des lecteurs, abonnés et participants des blogs et forums du journal. Le programme de la rencontre est ambitieux, associe temps de réflexion, de spiritualité et de détente, les invités nombreux et plutôt de renom (Frédéric Lenoir, Jean-Claude Guillebaud, Alexandre Jolien, Jean-François Cahn, Christine Pedotti, etc. ). La programmation festive et culturelle donne plus à l'événement l'allure d'un festival catholique. On annonce déjà un "in" et un "off" avec des rencontres en dehors de la Catho de Lille. L'ouverture sur le monde tel qu'il va est notable et on retrouve ce "ton" la vie qui fait la différence... Le soutien ouvert du diocèse de Lille et de l'université catholique laissera-t-il émerger au final des propositions originales en dehors du politiquement correct ecclésial ? Comment l'actualité catholique sera-t-elle ressaisie et commentée par les amis de la vie ? Le choix du nom "Etats Généraux" est un clin d'oeil intéressant quand on sait comment ont fini ceux de 89... Pour l'instant, on note également une faible ouverture à d'autres mouvements de même sensibilité - contrairement au vrai Kirchentag allemand - et une timidité lexicale sur certains sujets en-deçà de la volonté annoncée de créer des débats "insolents" - écologie ? inclusivité - n'y a-t-il que des "amis" et point d' "amies" à la vie ;) - ? homosexualité ? -. A suivre également... 




♥ La rencontre "Le Temps est venu" organisée par le Réseau du Parvis les 11 & 12 novembre 2010 à LyonCréée en 1999, cette fédération regroupe en France des communautés, mouvements, et associations, issues pour la plupart d'un courant catholique réformateur attaché aux ouvertures du Concile Vatican II et à l'oecuménisme. C'est un peu le "canal historique" du réformisme conciliaire français qui fédère les différentes associations de sensibilité libérale et réformiste (40 associations, 5000 adhérents environ). La thématique est assez proche de celle des Etats Généraux de la Vie (exemples d'atelier : expressions de la foi pour le 21ème siècle, révolution évangélique, évangile et justice, au-delà du Concile Vatican II, célébrer aujourd’hui, avenir de la planète – écologie, pauvreté exclusions, vivre ensemble dans un monde multiple, etc.) avec une tonalité plus associative et intello, s'enracinant encore dans une rhétorique plus militante, échaudée par l'après-concile ou plus récemment l'éviction de monseigneur Gaillot. Le programme annonce d'emblée la couleur : "Lassés par des rituels centenaires, des habits de musées ou de discours théoriques, nous vivons notre foi d'adultes en citoyens du monde au XXIe siècle. C'est pour nous faire le choix d'une société démocratique tant dans la vie civile que pour la vie en Eglise. C'est aussi à partager avec nos contemporains la quête d'identité, de sens et de liens qui constitue notre itinéraire croyant, et chercher à reconnaître la présence divine dans notre expérience humaine... ". On l'aura compris aisément au Parvis, la foi se passe déjà de l'institution même si elle ne s'interdit pas de dialoguer avec elle. Les sujets apparaissent d'emblée formulés de manière plus problématiques et informés qu'à la CCBF et aux Etats-Généraux de la vie ; la sensibilité politique est aussi plus clairement affichée (critique du libéralisme marchand outrancier de la mondialisation, volonté de construire une Europe sociale, citoyenne et démocratique). A noter également : l'inclusivité est depuis longtemps connue et pratiquée au réseau du Parvis (qui fédère des associations comme David et Jonathan ou Femmes et Hommes en Eglise qui ont sûrement pesé sur ces questions) et un atelier sera même consacré aux "sexes et genre" ! Les Réseaux du Parvis étonnent et sont, dans un paysage militant catholique progressiste européen plus moribond en dehors du réseau Nous sommes aussi l'Eglise (en anglais INWAC), une exception bien française. Ils se maintiennent, à la marge, discrets, mais très engagés au niveau européen (Church on the Move) et international (notamment dans les initiatives américaines de laïcs à l'approche des 50 ans du concile) et sur le front du changement social et intellectuel. Sauront-ils trouver une nouvelle audience et profiter des mécontentements croissants au sein du paysage catholique français ? Avec 350 participants annoncés (ce qui est plutôt surprenant pour un mouvement de cette taille non reconnue par l'institution), un regain est-il déjà à l'oeuvre ? A suivre également... 





Progressisme catholique français pâlot et moribond ? sur le déclin ? reliquat d'années révolues ? Nous demandons encore un peu de temps avant de tirer de telles conclusions. Au contraire, il nous semble qu'une recomposition, pour l'instant encore peu sensible à l'extérieur d'un milieu bien initié, est à l'oeuvre. Comment ces groupes, ces trajectoires individuelles, ces engagements associatifs ou publics mus par des convictions religieuses se reconfigureront socialement alors que le catholicisme romain connaît un fort virage identitaire et anti-moderne? Comment pourront-ils/elles vivre à la marge leur engagement dans la durée et la fidélité institutionnelle? Nous essaierons de relayer les développements de ces prochains événements... 

 

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