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Penser le genre catholique

Penser le genre catholique

Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.

"Un enfant à 4 ou 5 ans pourra désormais choisir son sexe"

J'ai reçu le message suivant :

J'ai appris récemment que, dans la paroisse-district qui couvre le lieu où j'habite, une association venait de se créer en vue d'organiser des conférences. (...) Une des premières conférences prévue porterait sur le Genre. Or celui qui l'a annoncé, lors d'une rencontre-partage entre amis, a illustré ce projet en parlant du fait que certains psychologues prétendent aujourd'hui qu'un enfant à 4 ou 5 ans pourra désormais choisir son sexe (sic) !

Voici ma réponse :

Dans l'argumentaire anti-études de genre, il y a un volet qui concerne toutes les problématiques de transidentité.

Dans celui ci, on retrouve souvent une référence au programme unique de l'unité de psychiatrie infantile de l'université de Boston. Ce dernier est le seul à traiter la "disphorie de genre" par des réassignations précoces. Les enfants sont autorisés à être élevés dans l'autre genre et, à leur puberté, si l'équipe médicale et les parents sont d'accord, ils sont hormonalement bloqués jusqu'à l'âge de leur majorité légale. Une fois adulte, un nouveau bilan est fait afin de voir s'ils souhaitent passer à l'étape de la chirurgie. Ce protocole est expérimental et marginal aux États-Unis. Il n'existe rien d'équivalent en France ou en Europe. La seule ressource facilement disponible (si vous parlez en anglais) est le documentaire qui a fait beaucoup de bruit au moment de sa sortie aux États-Unis intitulé Body Schoks disponible sur Youtube.

Le problème c'est qu'on assimile les programmes de lutte contre les stéréotypes de genre de l'Éducation Nationale avec ces questions très difficiles de la transidendité, ce qui est particulièrement rapide et maladroit comme comparaison. Demander aux associations de trans en France ce qu'elles pensent de la politique du gouvernement, vous serez surpris de voir qu'elles la mésestiment en la trouvant trop frileuse.

En France, la disphorie de genre n'est pas prise en charge pour les enfants et le corps médical, encore très influencé par la psychanalyse freudienne et lacanienne, est globalement hostile à toute forme de traitement équivalent. Même si je ne suis pas au fait de toute l'actualité sur cette question et que je peux me tromper, je n'ai en tout cas jamais entendu parler de réassignations infantiles en France et le protocole du changement de sexe en France reste très classique (accessible uniquement à l'âge adulte, après un accord d'une équipe médicale et d'une période probatoire d'un an de travestissement).

Dans ces débats, le problème n'est pas encore une fois l'hypothétique théorie du genre qui dicterait son agenda politique mais la confusion des champs et des discours. Il faut toujours savoir bien distinguer :

- le champ universitaire des études de genre qui étudient les évolutions sociales et les choix politiques et juridiques faits par la société, dont ceux faits dans le traitement de la disphorie de genre. D'une manière ou d'une autre, nos sociétés sont devant des choix bio-éthiques et c'est normal qu'on en discute avec des avis divergents qu'il importe d'assumer,

- les trois niveaux emboîtés mais différents que permettent d'aborder les études de genre : l'égalité hommes-femmes et les stéréotypes, l'orientation sexuelle et l'homosexualité, et.. la transidentité.

De mon côté, je pense qu'il est important d'informer aussi sur ce type d'argumentaires tout faits que l'on retrouve, deux autres sont très mobilisés :

- "John Money est le père de la théorie du genre", or, non, John Money est un psychologue canadien aux pratiques médicales douteuses qui a employé le concept genre avant le sens nouveau qu'il a endossé dans les études féministes,

- "la Norvège a abandonné le théorie du genre", argument qui repose sur un documentaire influencé par les thèses de la psychologie évolutionniste (les comportements humains sont neuronalement inscrits) et qui, malgré des éléments critiques, assimile un grand nombre de données un peu trop rapidement et assène une chose fausse (il existe toujours des financements norvégiens en études de genre).

Si on veut élever la qualité des débats, il faut rapidement que l'on cesser d'instrumentaliser les peurs en insinuant des choses fausses. Un débat n'est pas une controverse et la polémique n'a jamais fait office d'argumentation.

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